Hull: tout pres, si loin: paradoxe et parabiose (exposition)

Citation metadata

Author: Jean-Pierre Latour
Date: June-August 1999
From: Etc. Montreal(Issue 46)
Publisher: Revue d'Art Contemporain Etc. Inc.
Document Type: Article
Length: 2,021 words

Main content

Article Preview :

Josee Pellerin, Les chemins des disgressions, Axe Neo-7, Hull. Du 22 novembre au 20 decembre 1998

PARABIOSE: procede experimental de greffe, dit aussi greffe siamoise, qui met en association deux organismes animaux et qui permet certaines observations physiologiques.

Il est de ces expositions ou on ne parvient pas a trouver matiere qui puisse servir utilement d'introduction. Le propos s'empetre vite dans des considerations trop generales, des abstractions trop vastes en meme temps que reductrices qu'il faudra bien, tot ou tard, abandonner parce qu'elles exigeraient, pour faire sens, un tel melange d'explications ... Alors que les oeuvres vues parlent sans peine un langage bien plus commode.

D'ailleurs, le titre de l'exposition que presentait recemment Josee Pellerin chez Axe Neo-7, Les chemins des digressions, porte en lui-meme l'enonce de la difficulte. Devant ce pluriel couple a la figure du zigzag, l'obstacle a l'entreprise se trouve resume. Et c'est pourquoi mieux vaut voir comment cela s'expose des le premier mur, la ou se trouve immediatement la plus adequate des introductions.

Tout pres, si loin

Quand on entre dans la premiere salle, deux grands tableaux(1) nous accueillent, occupant a eux seuls tout un mur(2). Le premier est compose de trois lais de tissu damasse, sur lesquels sont imprimes au sel d'argent divers objets familiers: pinceau, soulier, seau, marteau, porte-poussiere, cadenas, ampoule, ventilateur, etc. Une simple enumeration, sans hierarchie aucune, ni par la taille ni par la composition. Les objets en noir et blanc sont simplement ranges cote a cote. Le tissu employe comme support, evoquant la nappe et la table, accroit le sentiment de familiarite qu'imposait deja la nature des objets representes. Une nature morte ou sont poses, sans aucun effet de profondeur, d'humbles objets sur une nappe sans plis, rigoureusement plane. La toile joue ainsi un double role(3): elle est a la fois support et motif. Elle prend le statut d'objet litteral, assumant le role de support du meme coup tout en participant de la representation.

L'autre tableau, a quelques pas du premier, deplace la representation dans un tout autre registre. Pour tout dire, il nous entraine a mille lieues d'un sentiment de familiarite, montrant une tortue (oui! une tortue), qui nous parait enorme, nageant librement a mille metres d'altitude ... sur fond de cliche aerien d'un sol rural(4). Inutile d'insister sur l'ecart vertigineux qui separe l'animal de son milieu ni sur celui qui detache ce second tableau du premier. Tour a tour, a quelques pas l'un de l'autre, s'exposent l'etrange et le familier.

Les prouesses aeronautiques de la tortue ne sont pas, neanmoins, le resultat d'un simple montage photographique, comme on pourrait le croire a premiere vue. Elle est peinte sur le papier de maniere a confondre, par le coloris et l'execution, le motif peint et la photographie. Il y a donc fusion des procedes et la peinture s'absorbe totalement dans l'effet photographique(5). Le phenomene de fusion n'est d'ailleurs pas que materiel mais aussi iconique car, dans le panneau central(6), le relief du sol s'integre si parfaitement au dessin de la carapace...

Source Citation

Source Citation
Latour, Jean-Pierre. "Hull: tout pres, si loin: paradoxe et parabiose (exposition)." Etc. Montreal, no. 46, June-Aug. 1999, pp. 54-8. Accessed 3 Dec. 2020.
  

Gale Document Number: GALE|A30151533