Les rapports riverains de la ville: Sherbrooke et ses usages des rivieres Magog et Saint-Francois, XIXe-XXe siecles

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Date: Fall 2007
From: Urban History Review(Vol. 36, Issue 1)
Publisher: Becker Associates
Document Type: Article
Length: 10,519 words
Lexile Measure: 1860L

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Cet article analyse le travail continu de revision et de mise en oeuvre des rapports riverains de la ville de Sherbrooke. Sherbrooke est situe aux confins de la Magog et de la Saint-Francois, qui toutes deux se posent a la fois comme frein et tremplin au developpement de la ville. C'est autour de la presence de ces rivieres dans la ville de Sherbrooke que nous aborderons les rapports riverains. Au rythme des preoccupations sur la presence de l'eau dans la ville, ces rapports riverains se materialisent egalement en fonction de la diversite des usages des rivieres: production d'energie hydraulique et hydro-electrique, construction de mur de soutenement et dragage pour maintenir un debit regulier, deversement d'eaux usees et approvisionnement dieau potable, amenagement recreo-touristique. Sur une periode de pres de 100 ans, soit des debuts de l'industrialisation de la ville aux annees 1970, la materialite propre a chacun des rapports riverains est tour a tour revue et corrigee, et les pratiques qui y sont associees, remplacees. Ce qui reste de toute cette succession, ce sont les rivieres elles-memes et des rapports qui trouvent leur materialite dans les rives et les lits continuellement amenages. En fait, notre recherche nous amene a considerer les rivieres comme des infrastructures qui, tel un service public ou une voie publique locale, devaient continuellement s'adapter a la demande economique, sociale et culturelle changeante, mais qui, inversement, ordonnaient les developpements de la ville, de l'espace urbain et de ses usages.

This paper analyzes the river--city relationships, and their continual redefinitions and revisions, within the City of Sherbrooke. Sherbrooke is located at the confines of the Magog and Saint-Francois rivers, which both constrained and enabled the development of the city. We follow the concerns on the presence of water in the city, and see that these relationships also possess material foundations, especially through the diverse urban uses of the rivers: hydraulic and hydroelectric energy production, dredging and retaining walls to regulate the river flow, outfall of sewage, provision of drinking water, recreational facilities. Over a one hundred year period, from the beginning of the industrialization of Sherbrooke to the 1970s, the materiality of each of these relationships was revised and corrected, and the associated practices were replaced. What is left of this succession of concerns and practices are the rivers themselves and the relationships that are embedded materially in the river bed and the river banks. In fact, our findings led us to consider rivers as urban infrastructures: like a public utility or a local public way, they must continually adapt to the changing economic, social and cultural demands, while, conversely, they direct the development of the city, its urban spaces, and their uses.

Dans un texte maintenant devenu un classique du jeune champ de l'histoire environnementale, Richard White attire notre attention sur le caractere hybride de la Columbia, une riviere sise dans l'Ouest americain qui a integre a travers les siecles les usages des societes, humaines et non-humaines, qui l'avaient habitee (2). De la gente saumonee a la civilisation post-industrielle, en passant par les peuplades amerindiennes, les rives et le lit de la Columbia se sont transformes pour porter l'inscription de donnees naturelles et humaines. La Columbia apparait alors comme une <<machine organique>>: un systeme energetique qui maintient des qualites naturelles en depit de transformations continuelles par l'action humaine. Cette expression temoigne precisement d'une imbrication ou la riviere est le fruit d'une double histoire biogeophysique et sociale. White nous invite alors a rechercher le naturel dans les barrages, et le non-naturel dans la riviere pour mieux vivre nos dilemmes modernes--notamment celui de nous distancer de l'environnement pour mieux l'apprecier et le proteger.

L'analyse historique des rivieres en contexte urbain nous offre generalement un portrait moins equivoque des dimensions humaines et naturelles constitutives des rapports riverains de la ville. Cela, alors que la riviere assure les fonctions d'une infrastructure urbaine que ce soit en tant que voie de communication, en tant qu'aire de plaisance, en tant que source d'approvisionnement (en energie, en eau potable et en matiere industrielle) ou, parallelement, en tant que point de deversement de rejets industriels et domestiques (3). Si la narration n'evacue pas simplement la dimension naturelle de la riviere--son hydrologie ainsi que ses habitats et habitants non-humains--elle etablira trop souvent un rapport d'exteriorite entre, d'une part, la riviere et, d'autre part, la ville et ses citadins qui lui tournent le dos. La mise en spectacle de l'environnement fluvial pour une re-creation de la nature en ville ne fait que confirmer la volonte de tenir a distance un espace irreductible aux fonctions communes du bati en ville tel le logement ou la communication (4).

Tout en nous menant a considerer que la ville n'est pas antithetique a la nature et que celle-ci en depend et la transforme constamment, l'histoire urbaine environnementale continue de traiter les rapports entre infrastructure et environnement sur ce mode d'exteriorite, la technique etant percue comme <<le medium entre les villes et leurs milieux (5)>>. Mais peut-on penser aborder le couple riviere-ville, non pas cote a cote ou bout a bout, mais l'un dans l'autre? La lecture des rapports riviere-ville que nous proposons part de l'idee que loin de se tenir a distance, le naturel et l'artefactuel sont intimement imbriques dans l'infrastructure urbaine (6). Technique et nature composent des systemes qui desservent les besoins de l'economie et de la culture de la societe urbaine et encadrent le developpement de l'espace urbain, de la meme maniere que des infrastructures contraignent les choix techniques futurs et leur deploiement dans la ville (7). A la fois urbanisation de la nature et naturalisation de la ville, la riviere en tant qu'infrastructure nous amene a identifier les points d'effacement de la nature en ville, les moments de privatisation d'un bien public ou de socialisation de la propriete privee, ainsi que les contingences de la nature qui contrecarrent certains desseins humains.

En examinant les roles de la riviere dans l'environnement urbain et les conditions de leur mise en ceuvre, cet article vise precisement a relever le caractere hybride de l'environnement fluvial. Ou est donc la nature de cette riviere? Comment celle-ci en vient-elle a s'imbriquer dans la culture urbaine au point de disparaitre ou, inversement, de prendre le dessus sur les artefacts? Comment la riviere se modifie-t-elle en regard des demandes du milieu urbanise? Et que retient la riviere de ses morphologies anciennes--morphologies ancrees dans l'espace urbain immediat ou dans l'hinterland de la ville--et jusqu'a quel point cette materialite ordonne-t-elle les besoins sociaux? Enfin, comment les demandes et les preoccupations fluctuent-elles au rythme des changements de la fonction urbaine de la riviere? Plus precisement, nous saisirons les modalites d'inscription de la riviere dans les systemes techniques dont une ville se dote pour affronter les enjeux changeant sur les plans social, economique ou ecologique.

Notre etude s'appuie sur le cas de Sherbrooke, une ville moyenne situee a un peu plus de 150 kilometres au sud-est de Montreal, et qui occupe la position de metropole regionale de la region des Cantons de l'Est depuis sa fondation en 1818. Ville industrielle, Sherbrooke est egalement ville de rivieres, sitee aux confluents de la Magog et de la Saint-Francois (figure 1). Ville-centre d'une region historiquement tournee vers l'exploitation agricole et forestiere, Sherbrooke a table sur les ressources de son hinterland pour developper ses industries. La Magog et la Saint-Francois ont ici joue un role cle dans l'acheminement et l'approvisionnement de ressources, modifiant a la fois l'organisation interne de Sherbrooke et le rapport de la ville a sa region. Car loin d'etre localise et limite a l'espace immediat ou le cours d'eau traverse la ville, le rapport urbain a la riviere s'inscrit dans une dynamique territoriale qui se modifie dans la duree et que module tantot le rapport de la ville a son hinterland, tantot le bassin de drainage dans son ensemble.

Pour voir comment se transforment les rapports urbains a la riviere ainsi que les representations spatiales des populations riveraines, nous procederons a un examen des transformations des fonctions urbaines des rivieres Magog et Saint-Francois en deux temps, chacun domine par l'une ou l'autre des rivieres, depuis la deuxieme moitie du XIXe siecle jusqu'au debut des annees 1970. Ces temps correspondent egalement a une periodisation de l'histoire environnementale ou une problematique de la consommation succede a une problematique de la production. A une periode conservationniste dictee par des elites economiques et industriels tournees vers l'utilisation efficace de la ressource <<eau>> depuis la fin du XIXe siecle succedent, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des revendications environnementalistes pour repondre aux besoins d'une classe moyenne elargie qui cherche a multiplier les lieux de loisir (8). Cette volonte d'asseoir le developpement recreotouristique de la ville et de la region sur des fonctions abandonnees puis redecouvertes se heurte toutefois aux modifications du milieu riverain que les anciens usages--industrielles et urbains--ont imprimees sur les cours d'eau et leurs rives.

Des rivieres utilitaires: industrialisation des rivieres et conservation de l'eau

Le cours de la riviere Magog s'etire sur une distance de quelque 32 kilometres, du lac Memphremagog ou elle debute, a la riviere Saint-Francois dans la ville de Sherbrooke, la ou elle se jette. La riviere connait une declivite de 70 metres d'altitude, mais deux tiers de celle-ci se produisent sur une distance d'un peu moins d'un kilometre, en zone urbaine sherbrookoise. Dans ce dernier kilometre de la riviere, quatre paliers voient les eaux de la Magog devaler 40 metres pour rejoindre la riviere Saint-Francois (9).

C'est ce site des gorges de la riviere Magog qui attire l'attention des premiers proprietaires fonciers qui creent Sherbrooke. Achetees et loties par George Hyatt en 1818, les rives passent aux mains de l'agent de colonisation des Cantons de l'Est, la British American Land Company (BALC) en 1834. Elle erige un barrage en amont des chutes, a la sortie du Petit Lac Magog, transformant ce dernier en reservoir d'eau et alimentant en energie hydraulique la scierie qu'elle etablit au meme endroit en 1837. Au cours des prochaines decennies, cette compagnie fonciere construit ou renove quatre barrages supplementaires sur la Magog (figure 2). Elle y amenage une serie de sites industriels ou les manufacturiers qui s'installent a Sherbrooke doivent accepter le statut de locataire et etablir a leurs frais des moulins, des fonderies, des tanneries, ou des carderies. A partir de 1879, la BALC se met a vendre terrains, batiments et meme certains de ses barrages, mais elle continue de controler les debits de la riviere (10).

Regulee et amenagee par la BALC, la riviere Magog ordonne parallelement le developpement industriel et l'urbanisation de Sherbrooke. Interessees par l'energie hydraulique et des ressources que la riviere charrie ou produit, des entreprises manufacturieres se succedent sur les rives de la Magog et certaines, comme la fabrique de tissus de laine Lomas ou la filature Paton, deviennent les plus importants employeurs de Sherbrooke. Avec l'etablissement de telles entreprises et dans un contexte ou les deplacements se font majoritairement a pied, un corridor industriel est mis en place autour des chutes de la Magog dans la seconde moitie du XIXe siecle. Le developpement de la ville de Sherbrooke prend appui sur ce corridor, alors que la riviere et l'energie qu'elle transporte jouent un role structurant et faconnent le territoire urbanise. Le corridor industriel et la riviere qui le traverse separent nettement la ville en deux quartiers denses, aux batiments agglutines, avec les ouvriers sur la rive sud de la Magog, et les capitalistes et proprietaires fonciers sur la rive nord (11).

La figure 3 offre un portait saisissant de ce corridor industriel et du faconnement de la morphologie urbaine par la riviere. Inversement, la Magog, par son inscription dans un systeme energetique et manufacturier, perd sa forme originale alors que des barrages a l'interieur des frontieres municipales modifient definitivement le lit de la riviere et son debit. Outre qu'elle controle le regime des eaux avec ses ouvrages de regulation, la BALC utilise la riviere pour faire flotter les billes coupees sur ses terres dans le massif de l'Orford, puis transportees a l'embouchure de la riviere depuis les confluents du lac Memphremagog (12). En 1871, elle elargit l'arrondi du Petit Lac Magog pour y accumuler dans une estacade les billes descendues par flottaison et destinees a sa scierie (13). En plus de modifier l'hydrologie et la morphologie de la Magog, la BALC et les entreprises riveraines y incorporent des matieres industrielles, tels les liqueurs de l'industrie du textile, le bran de scie ou les billes qui coulent au fond de la riviere (14).

Malgre sa participation aux systemes de production energetique et industrielle de Sherbrooke, la Magog offre a certains endroits des paysages sauvages et une faune originale. Neanmoins, lorsque les transformations du secteur des gorges compromettent la viabilite de ses lieux de loisir et de repos, une partie de la population de Sherbrooke, notamment les habitants du quartier Nord dont les proprietes bordent la riviere, cherche a recreer le milieu naturel de la Magog. Les amateurs de peche sportive construisent une passe migratoire au barrage de la Paton en 1871 et entreprennent l'ensemencement de la riviere avec des alevins de saumon et de truite, deux poissons qui ont abonde longtemps au cours du XIXe siecle (15). Parallelement a ces mesures de controle et de protection du saumon, des elements reformistes de la societe sherbrookoise tentent d'obtenir l'amenagement d'espaces verts, de parcs et de promenades le long des rives. Proprete et hygiene sont les mots d'ordre de la Sherbrooke City Improvement Association, que creent en 1902 des echevins et des docteurs (16). Lamelioration morale de la population urbaine repose sur les beautes naturelles de la ville et de la riviere et ces Sherbrookois pressent la Cite de devenir proprietaire des boises et des pentes pres des rives pour proteger et mettre en valeur les gorges. Dans un esprit conservationniste, l'association souligne egalement le besoin de preserver la Magog pour les generations futures (17).

Malgre ces efforts de conservation et de restauration, surtout axes sur l'environnement fluvial, la qualite de l'eau decline avec une activite industrielle croissante que soutient une poussee demographique, la population urbaine passant de 5 899 habitants en 1861 a 11 452 habitants en 1901. Plus que les barrages hydrauliques, ce sont les dechets industriels et municipaux qui surchargent une riviere integree au systeme manufacturier et au reseau d'egouts de la ville. Alors que les deversements passes avaient lieu tout le long de la riviere, les ouvrages de controle des eaux de ruissellement, la canalisation des emissaires et la construction d'egouts sanitaires et pluviaux concentrent et reduisent le nombre de points de rejet des eaux usees.

En depit de cette pollution que detectent et denoncent des citoyens a la fin du XIXe siecle, l'eau de la Magog approvisionne le reseau de distribution de la ville que gere la Sherbrooke Gas & Water Company depuis 1880. Le reseau prend sa source dans la riviere, avec une prise situee en amont de l'usine Paton, elle meme etablie a l'entree du corridor industriel (18). II faut dire que l'eau vive et en mouvement qui coule dans la Magog represente bien un gage de qualite a l'epoque. Ces qualites hydrauliques permettent aussi de disposer d'une pression suffisante pour la circulation de l'eau dans les conduits. Peu nombreux, mais principalement situes dans le riche quartier Nord de la ville, les clients se plaignent toutefois du gout d'ecorce pourrie et de poisson mort, particulierement en ete (19). La Sherbrooke Gas & Water modifie la prise d'eau et la dote d'un filtre, mais les plaintes se poursuivent et poussent les dirigeants de la Cite a proceder a la municipalisation du service en 1905 (20).

Jusqu'aux dernieres decennies du XIXe siecle, la ville de Sherbrooke, dans l'organisation de ses quartiers, de ses infrastructures industrielles et urbaines, ainsi que de ses loisirs, demeure dominee par la riviere Magog dont les contours et les elements sont modifies au gre des usages industriels et urbains dont elle fait l'objet. Face a l'attraction qu'exerce la riviere Magog sur les entreprises et, par ricochet, sur la population ouvriere et bourgeoise, la presence de la riviere Saint-Francois dans la ville de Sherbrooke est jusque-la negligeable. La Saint-Francois, qui coule depuis le lac du meme nom jusqu'au fleuve Saint-Laurent sur une distance de 280 kilometres, connait une declivite importante dans la section superieure du bassin (304 m-762 m), mais son hydrographie presente un faible debit et un potentiel energetique minime lors de sa traversee de Sherbrooke (21). Des billes de bois flottent sur la Saint-Francois et traversent Sherbrooke, mais pour se rendre aux moulins que les entreprises etablissent en aval, a Bromptonville, a proximite de chutes d'eau dont elles soutirent l'energie. En fait, le debit de la Saint-Francois incite peu les industriels a s'installer sur ses rives, tandis que les ouvriers, qui souhaitent la proximite de leur lieu de travail, se sont surtout etablis sur la rive sud de la Magog.

Longee par le chemin de fer du Grand Tronc depuis 1852, la Saint-Francois forme une frontiere de l'espace urbain, a peine entamee par un quartier Est embryonnaire. En depit d'une certaine concentration industrielle sur la rive ouest--a proximite de la gare et des ateliers de reparation attenants--, seulement quelques entreprises sont disseminees sur la rive est. A partir de 1890, contrainte par le surpeuplement des quartiers Sud et Centre, la population sherbrookoise se presse dans le quartier Est, principalement dans le secteur proche de la riviere et du pont qui prolonge l'artere centrale de la ville. Les habitants du quartier Est--principalement des journaliers et des artisans--se forment une identite forte de cette separation de la <<terre ferme>>, d'autant plus que les services de tramway, d'aqueduc et de gaz s'y implantent toujours tardivement (22). La, ils apprivoisent les risques que pose l'habitation des plaines inondables et developpent au fil des evenements catastrophiques une serie de comportements d'adaptation pour prevenir les dommages a leurs biens et leurs residences--la majorite d'entre eux etant proprietaires (23).

Dans les premieres decennies du XXe siecle, toutefois, les innovations technologiques sous-jacentes au developpement de l'hydroelectricite, comme l'invention de la dynamo et du courant alternatif en trois phases, multiplient les possibilites de croissance industrielle autour de la Saint-Francois. A proximite des voies ferrees, cette riviere attire alors les entreprises sherbrookoises affranchies des barrages hydrauliques de la BALC (24).

Cette conjoncture entraine un decloisonnement de l'espace urbain concentre jusqu'alors autour des rives de la Magog et un deplacement de l'axe de developpement de Sherbrooke vers la riviere Saint-Francois. Les rapports entre la ville et la riviere se modifient de deux facons. D'abord, immediatement, de part et d'autre de la Saint-Francois, des entreprises et des commerces s'etablissent dans le quartier Centre, tandis que la croissance de la population dans le quartier Est accelere le developpement domiciliaire et la multiplication des institutions scolaires, hospitalieres et religieuses. Contrairement aux quartiers a l'ouest de la riviere, densement construits, la rive est possede les espaces pour accueillir des residences et des edifices institutionnels, ainsi que des espaces verts et des lieux de loisirs (25). A la fin du XIXe siecle, les vieilles limites residentielles du quartier Est tombent et l'espace urbain s'etend a la peripherie: la Saint-Francois cesse de marquer une frontiere naturelle de la ville.

Puis, indirectement, le harnachement de chutes le long de la Saint Francois intensifie la dynamique territoriale liant Sherbrooke a son hinterland. La Corporation de la Cite de Sherbrooke, qui a municipalise la principale entreprise d'electricite installee sur la Magog en 1908, entreprend la construction de barrages hydroelectriques a Westbury et a Weedon, en amont de Sherbrooke, tandis que la Southern Canada Power Company, qui possede depuis 1913 l'ancien barrage de la BALC a l'embouchure de la Saint-Francois, construit une centrale a Hemming Falls, puis a Drummondville, en aval de Sherbrooke. Le developpement technologique facilitera eventuellement l'utilisation des rivieres avec d'importants debits sur les rives nord du Saint-Laurent, mais, a la fin des annees 1910, la moitie des centrales hydroelectriques de la province du Quebec se trouve dans les Cantons de l'Est (26).

Deux systemes energetiques, l'un prive et l'autre public, qui tirent leur origine de barrages sis dans la Magog, se deploient dorenavant a travers le bassin de la riviere Saint-Francois, meme si initialement, ce sont les ouvrages dans la riviere Magog que ces compagnies reconstruisent et amplifient. Cette extension faconne de nouvelles attentes et demandes a l'egard du milieu riverain. En 1910, avec la Chambre de commerce de Sherbrooke, la Corporation de la Cite de Sherbrooke, qui vient d'acquerir l'ensemble des droits et responsabilites de la BALC sur les rives et le debit de la Magog, lance une campagne sur le theme <<Sherbrooke: The Electric City>> pour vanter la disponibilite de l'electricite aupres des entreprises qu'elle desire attirer. Sa rivale, la Southern Canada Power, si elle souhaite orienter les entreprises vers des municipalites sans service public concurrent, multiplie egalement les offres aupres de clients potentiellement interesses a venir s'installer dans les Cantons de l'Est. Pour l'une et l'autre, les fluctuations des niveaux d'eau lors des periodes de crue et d'etiage--des conditions hydrologiques regulieres de la Saint-Francois et de la Magog--, rendent inacceptables les incertitudes entourant l'approvisionnement energetique pour les centrales hydro-electriques et les entreprises hautement capitalisees et dependantes d'une energie normalement abondante. Les inondations posent evidemment probleme, mais ce sont les secheresses, qui augmentent en frequence et en intensite, qui inquietent. En 1891, 1895 et 1901, les industriels doivent cesser leurs activites pour des periodes de plus en plus longues (27). Puis, en 1903, les rivieres Magog et Saint-Francois se tarissent a l'automne, au point ou les industries de filage le long de la Magog, comme la Paton, diminuent de moitie le nombre de leurs moulins en marche, tandis que la municipalite ne peut alimenter son eclairage de rues (28). Des industriels installent des generatrices, puis dynamitent le lit de la riviere pour assurer un debit minimal (29).

Si l'exploitation hydro-electrique de la Saint-Francois permet le desenclavement de l'espace urbain, la base industrielle sherbrookoise demeure toujours dependante de rivieres qu'elle cherche a controler. Le maire de Sherbrooke, le president de la Chambre de commerce de Sherbrooke, ainsi que des industriels de la region demandent au gouvernement d'entreprendre les travaux necessaires a la regulation du debit de la Saint-Francois. Initialement, ils invoquent les dommages provoques par la crue des eaux, meme si pour les habitants des zones inondees, comme le quartier Est, les inondations font partie du paysage. Mais la regulation de la riviere vise, outre le controle des inondations, la prevention de l'etiage. Pour les industriels comme pour la Cite de Sherbrooke, il s'agit d'un seul et meme probleme dont la solution reside dans la transformation de la Saint-Francois en amont: la construction de deux reservoirs dans les lacs Saint-Francois et Aylmer et l'installation de barrages a leur embouchure permettraient de controler le debit de la riviere pendant toute l'annee (30). Le maire de Sherbrooke, comme ses collegues d'autres municipalites riveraines, soutient que l'avenir de la ville depend de l'amelioration des forces hydroelectriques et que sa capacite a attirer des entreprises requiert un approvisionnement energetique stable. De meme, condamne-il, de pair avec les industriels, la perte d'eau du systeme hydraulique lorsque la riviere sort de son lit; les inondations deviennent alors un gaspillage d'energie potentielle pour alimenter les turbines des centrales hydroelectriques (31).

Parsemee de barrages et de centrales hydro-electriques, la Saint-Francois voit egalement son debit dorenavant regule a travers son cours. Le gouvernement provincial, par l'entremise de sa Commission des eaux courantes (32), consacre la representation de la riviere que les industriels et les conseils municipaux promeuvent lorsqu'il transforme les lacs Saint-Francois et Aylmer en reservoirs. Si c'est au nom de la protection de la population riveraine contre les inondations que la Commission entreprend la construction de barrages, il faut voir que ceux-ci ont comme fonction de liberer un debit regulier et fixe pendant toute l'annee, plutot que de viser la regulation d'un debit minimal a certaines periodes critiques comme la Commission le fait avec ses autres barrages (33). D'ailleurs, les barrages, une fois completes, ne parviennent pas a prevenir les inondations, et certaines sont particulierement dommageables dans Sherbrooke; en novembre 1927, 36 heures de pluie continuelle causent cinq deces et provoquent pour plus de deux millions de dollars de dommage (34).

Apres avoir modifie le profil de la Saint-Francois et son hydrologie, c'est au tour de la ville de Sherbrooke d'adapter l'environnement urbain au comportement de la riviere. En fait, depuis la mise en place de barrages de regulation en 1918, la population du quartier Est est devenue moins vigilante et plus vulnerable aux inondations. Aussi, les demandes pour des ouvrages de protection au coeur de la ville se multiplient au fil des evenements catastrophiques (35). Toutefois, ce sont les habitants des autres quartiers qui revendiquent un environnement plus securitaire. Des particuliers poursuivent la Ville, certains l'accusant de ne pas avoir pris les precautions elementaires meme si le debordement pouvait etre anticipe et evite, d'autres d'avoir neglige l'entretien de son systeme d'egout, provoquant l'inondation de quartiers jusque-la indemnes comme les quartiers Ouest et Sud de la ville (36). Au cours des annees suivantes, dans un contexte de crise economique ou se multiplient les travaux d'infrastructure, les gouvernements municipal et provincial repondent a ces preoccupations avec des travaux preventifs d'ingenierie qui poursuivent la transformation de l'environnement riverain. En 1933, apres la construction d'un mur de retention de 400 metres sur les deux rives de la Saint-Francois a Sherbrooke, les residents des quartiers en bordure de la Magog demandent des murs additionnels dans la ville pour se proteger de ruisseaux que le printemps transforme en <<torrents impetueux>>. En 1939, d'autres accords gouvernementaux prevoient la construction de murs le long de la Saint-Francois et la creation d'une promenade, integrant la riviere aux infrastructures de loisir et au systeme de parcs de la ville (37).

Apres que la riviere Magog et ses chutes aient ordonne l'etablissement des entreprises manufacturieres et des quartiers, la ville axe sa croissance demographique et economique autour de la Saint-Francois, immediatement a la traversee, et generalement a travers le bassin de drainage. Stimules par l'etat de la technologie et un souci d'efficacite dans l'utilisation de l'eau comme source d'energie hydroelectrique, les rapports entre la ville et la riviere prennent alors appui sur une echelle differente durant l'entre-deux-guerres. Deux dynamiques sont a l'oeuvre. D'abord, les transformations mutuelles de la ville et des rivieres--transformations touchant tant la morphologie de ces deux entites que leurs dimensions vitales et environnementales (la structuration de l'habitat, l'intensite et la diversite des entreprises industrielles, l'hydrologie et l'ecologie des rivieres). Puis, la dynamique territoriale sous-tendant les rapports urbains a la riviere et les rapports riverains a la ville. Que ce soit pour prevenir les inondations ou accroitre la production energetique, la ville est d'abord preoccupee par le controle et la regulation du debit de la riviere Saint-Francois. A cette fin, elle exerce son action a distance et etend son environnement fluvial au-dela des sites ou les rivieres la traversent pour s'approvisionner en energie et asseoir sa croissance (38). Cet elargissement territorial se repercutera sur les rapports entre la ville et la riviere en multipliant les acteurs sociaux susceptibles de soulever des enjeux, certains nouveaux, d'autres anciens.

Des rivieres sanitaires: recreation et decontamination a l'aune de l'environnementalisme contemporain

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des mutations demographiques et spatiales marquent le developpement urbain de Sherbrooke. La croissance de la population, qui recule legerement entre 1931 et 1941, atteint son taux le plus eleve depuis la fin du XIXe siecle. L'espace urbain, stable depuis le debut du XXe siecle, commence a s'etendre durant la guerre et maintient cette tendance au cours des decennies suivantes. L'expansion se produit surtout dans les quartiers Ouest et Nord et, dans une moindre mesure, dans le quartier Est, alors que la Cite de Sherbrooke absorbe les banlieues avoisinantes et integre des territoires ruraux. L'emploi manufacturier augmente, mais dans un nombre restreint de grandes entreprises, pour la plupart en bordure de la Magog (39).

Stimules par cette conjoncture demographique et economique, les usages de la Saint-Francois et de la Magog s'intensifient et se diversifient, bien qu'ils soient contraints par l'histoire de ces rivieres et la sedimentation des usages passes. Pendant que le service municipal et la principale compagnie privee d'electricite se font la lutte pour etendre leur sphere d'influence (figure 4), les usages recreatifs refont surface et mettent en evidence un environnement fluvial compose de matieres compromettant la salubrite de l'eau. L'inscription de la riviere dans un autre systeme technique--recreotouristique cette fois--laisse poindre de nouvelles sensibilites a la nature. Alors qu'auparavant les gestionnaires des rivieres se preoccupaient surtout des volumes d'eau disponibles, la periode de l'apres-guerre revele plutot des preoccupations en matiere de qualite de l'eau, tant pour les usages typiquement urbains de Sherbrooke et des autres villes sises le long des rives de la Saint-Francois que pour les usages recreatifs de la population, qu'elle provienne de la ville immediate ou de la region.

Discursivement dominantes, ces preoccupations n'entrainent pas pour autant une renonciation aux usages precedents des rivieres sherbrookoises. Entre autres, meme si l'augmentation demographique se traduit par une pression accrue sur la ressource hydrique, la Cite de Sherbrooke continue d'ancrer son aqueduc dans la Magog. Pourtant, la qualite de l'eau est si mauvaise que meme le recours exagere a la chloration ne suffit pas pour que le Bureau provincial de l'hygiene cesse de classer l'eau de Sherbrooke parmi les plus mauvaises du Quebec. En 1930, des representants progressistes de la petite bourgeoisie au conseil municipal et des medecins--y compris le medecin hygieniste de la Ville, Amedee Demers--proposent d'etablir une usine de filtration, mais proprietaires et locataires, ainsi que le conseiller municipal des quartiers ouvriers, Yvon Hebert, refusent d'accorder a la Cite les sommes necessaires pour modifier le mode de traitement de l'eau (40). Apres 1944, les pressions de certaines entreprises qui voient leurs activites compromises par l'insalubrite de l'eau relancent le debat, sans toutefois en modifier la conclusion (41). L'adduction des eaux de la riviere Magog vers l'aqueduc municipal demeure inchangee jusqu'aux annees 1960, quand le Service d'aqueduc deplace sa prise d'eau du Petit Lac Magog.

Quant a la production energetique, le controle du regime hydrologique devient d'autant plus necessaire que la topographie appalachienne limite le developpement du potentiel energetique de la riviere. Celui-ci a atteint un point de saturation, aucun ouvrage ne pouvant etre bati a un cout raisonnable comparativement aux barrages qui se construisent sur la rive nord du Saint-Laurent. Le Service municipal de l'electricite entreprend des etudes pour construire des barrages sur les sites Ulverton et Two Miles Falls sur la riviere Saint-Francois, mais les locataires et proprietaires de la ville de Sherbrooke econduisent le conseil municipal lors d'un referendum sur un projet de reglement d'emprunt. Ces derniers s'opposent a la mise en chantier de nouvelles installations car ils anticipent les dedommagements que la Ville devrait defrayer et dont ils devraient ultimement assumer les couts advenant l'inondation des municipalites sises en amont des barrages (42). Pour resoudre leurs difficultes d'approvisionnement energetique, le Service de l'electricite de Sherbrooke et la Southern Canada Power connectent leur reseau a celui de la Shawinigan Water and Power Corporation, situee sur la rive nord du Saint-Laurent.

Si les besoins energetiques cessent de commander la transformation des rivieres en fonction du developpement industriel de Sherbrooke, les debits irreguliers continuent de mobiliser les citoyens preoccupes par la presence de la Saint-Francois en milieu urbain. Les habitants du quartier Est, dont le profil socio-professionnel s'est modifie depuis les annees 1930--les gens plus aises demenageant vers les plateaux pour laisser aux moins nantis la possibilite de se loger dans les plaines inondables--, se manifestent aupres du conseil (43). Ils demandent reparation apres que le 14 juin 1942, puis un an apres, le 14 juin 1943, la region enregistre les pires inondations que la population ait connues (44). Le besoin de controler le debit des rivieres prend une tournure autre lorsque la Saint-Francois et la Magog se tarissent a l'automne de 1948. La secheresse oblige le Service d'electricite de la Ville de Sherbrooke a interrompre temporairement l'eclairage des rues, a maintenir l'heure avancee et a exiger de ses clients industriels l'arret partiel de leur production (45). La Chambre de commerce de Sherbrooke invite alors les industriels de la municipalite et des environs a reflechir sur les facons de remedier aux periodes de crue et d'etiage (46). La strategie de la Chambre de commerce s'articule autour de trois axes, chacun porte par un comite distinct: la regulation du debit, le controle des inondations, l'embellissement des rives (47). Elle indique que la solution ne se situe pas dans l'environnement fluvial immediat, la ou les rivieres traversent Sherbrooke, mais dans le bassin de drainage et bien au-dela des cours d'eau.

Pour les membres de ces comites, les inondations trouvent leur source dans les usages passes de la riviere qui ont transforme la morphologie de la Saint-Francois. En effet, les etudes menees par la Commission des eaux courantes au lendemain des inondations de 1943 (48)--de meme que celles commanditees par la Chambre de commerce de Sherbrooke (49)--demontrent que la sedimentation dans le lit de la Saint-Francois contribue aux debordements de la riviere. Des substances comme les fibres de bois ou le sable et la gravelle transportes par l'erosion des berges s'accumulent autour de debris d'ouvrages construits pour traverser la riviere, faire glisser les billes de bois, ou briser les glaces. Avec un lit moins profond, la riviere devient plus susceptible de debordement et certains envisagent alors la possibilite de draguer et de nettoyer la riviere. Devant cette solution trop couteuse en regard des resultats escomptes, les ingenieurs de la Commission proposent plutot l'utilisation des possibilites naturelles d'entreposage le long des affluents pour recolter les eaux d'ecoulement et ralentir leur arrivee dans le cours d'eau principal (50). Pour les ingenieurs, la multiplication des ouvrages comme des levees ou des murs ne ferait qu'encombrer la riviere et, ainsi, accroitre les risques d'inondation. (51) La solution au probleme des inondations passe donc par une modification du milieu riverain, et non de la seule riviere.

Si elle ne retient pas la proposition des ingenieurs--la geologie du bassin de drainage ne se pretant guere a la construction de barrages en amont des tributaires de la Saint-Francois (52), la Chambre de commerce de Sherbrooke cible egalement le milieu riverain pour temperer le probleme des inondations et laisser intacts des usages passes et courants de la riviere, dorenavant incrustes dans le lit et le debit de la Saint-Francois (53). Elle avalise la proposition d'un quatrieme comite qu'elle vient de creer, celui-la traitant du reboisement et de la conservation des eaux. Pilote par le directeur de l'Association forestiere des Cantons de l'Est, Lucien Bedard, le comite suggere de proceder a un vaste projet de reboisement pour prevenir l'erosion des terres et ralentir l'ecoulement des eaux en periode de pluies torrentielles (54). Si une telle transformation du milieu vise a controler le debit de la riviere, la Chambre de commerce de Sherbrooke croit egalement que les berges reboisees amelioreront la qualite esthetique du paysage et que l'embellissement des rives, en accueillant les touristes des grands centres urbains, palliera une economie de transformation declinante (55). En effet, apres quelques decennies de croissance soutenue, l'activite manufacturiere connait certains ralentissements dans les Cantons de l'Est, notamment dans les secteurs du textile et du vetement, deux fleurons de l'economie sherbrookoise (56).

Les membres du Conseil municipal et les partenaires de la Chambre de commerce de Sherbrooke souhaitent rendre les eaux de la Saint-Francois plus invitantes et en faire un lieu de predilection pour la peche sportive, la villegiature devenant la panacee aux difficultes d'une structure economique mise a mal. Cette redefinition de la fonction de la riviere dans le developpement regional, autrefois confinee a la seule production hydro-electrique, meme le plus ardent promoteur de l'industrialisation de la riviere en fait son leitmotiv. La Southern Canada Power Company lie son reseau electrique au paysage riverain, a la foret et aux rives boisees, ainsi qu'aux eaux poissonneuses, car elle est consciente que sa vitalite economique depend de celle de la region (57).

Faire de la region un attrait touristique pour les gens de la ville devient donc un objectif pour lequel la Saint-Francois apparait sous un nouveau jour, elle dont on ne vantait que la puissance depuis le debut du XXe siecle. Depuis l'industrialisation massive de la Saint-Francois, les populations riveraines tournent le dos a la riviere, tandis qu'ailleurs dans les Cantons de l'Est, comme dans d'autres regions du Quebec, des chalets et des equipements prives ceinturent les lacs, et que des clubs de chasse et de peche monopolisent l'acces aux territoiress (58). Or voila qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les loisirs s'ouvrent au plus grand nombre, et la possibilite de passer un week-end en camping cesse d'etre l'apanage d'une classe privilegiee pour joindre le registre des vacances familiales d'une classe moyenne dont les rangs s'elargissent.

En plus des travaux de reboisement des berges de la Saint-Francois que supervise l'Association forestiere des Cantons de l'Est (59), des associations riveraines telles le Club de chasse et peche de l'Estrie et l'Association des clubs de chasse et peche des Cantons de l'Est se mobilisent et exigent la contribution du gouvernement provincial pour accelerer la revitalisation ecologique de la region. Les associations de chasse et de peche, de concert avec l'Office de biologie du ministere du Tourisme, de la Chasse et de la Peche, organisent des concours sur la Saint-Francois, travaillent a l'empoissonnement de la riviere et amenagent quelques passes a saumon sur les sites hydro-electriques pour que la riviere redevienne le lieu privilegie des pecheurs (60). A la demande de la Federation des associations de chasse et de peche du Quebec, le comite d'embellissement de la Chambre de commerce de Sherbrooke demande au gouvernement d'evaluer la pollution de la Saint-Francois en y transplantant du saumon (61). Mais les poissons--sauf quelques especes mineures du point de vue de la peche sportive--ne survivent pas (62). Les promoteurs de la peche sur la Saint-Francois et du tourisme dans les Cantons de l'Est ne sont pas sans savoir que la pollution d'origine industrielle et domestique compromet le projet d'empoissonnement de la riviere et de transformation de la Saint-Francois en un lieu de loisir (63). Dans un tel contexte, ils pointent du doigt les villes riveraines et leurs reseaux d'egouts, de meme que les entreprises industrielles et leurs technologies de production, pour les limites qu'elles imposent a la rehabilitation de la Saint-Francois.

Si les multiples fonctions de la riviere cohabitent heureusement dans le projet d'embellissement et de reboisement, il cesse d'en etre ainsi lorsque, dans la perspective recreotouristique, la riviere n'est plus uniquement un paysage a admirer, mais aussi un espace de vie ou s'amuser. La population peut bien envisager de reboiser les berges de la Saint-Francois, elle ne peut aussi facilement recouvrir l'etat originel de la riviere, quant a la faune qui y habitait ou a la qualite de son eau. La re-creation de paysages et de loisirs, si elle apparait comme une solution a des problemes techniques lies a la croissance des infrastructures urbaines et industrielles, ne peut se faire a la piece precisement parce qu'il est difficile de distinguer ce qui releve de la nature et de la societe dans l'environnement riverain.

L'incompatibilite des demandes entre recreation, services municipaux et production industrielle--notamment celle des papetieres--ne concerne pas uniquement les usages immediats de la riviere. Elle decoule egalement des usages passes qui modifient de facon durable la qualite de l'eau, les formes de vie qui s'y manifestent et les systemes techniques auxquels la riviere participe. Elle devient particulierement evidente lorsque, a la demande du Club des pecheurs et des chasseurs du Saint-Francois de Drummondville, Claude Allard, biologiste a l'Universite de Montreal, conduit des analyses chimiques des eaux de la riviere Saint-Francois. Dans son Etude de la pollution des cours d'eaux de la province de Quebec, Allard conclut que la Saint-Francois apparait comme la riviere la plus polluee du Quebec (64). Les moulins a papier seraient responsables de la pollution industrielle du cours d'eau. Outre les fibres de bois qui recouvrent son lit et y sedimentent lentement, la <<liqueur noire>>--un residu de procedes de fabrication qui contient de la soude caustique, de la chaux, des mercaptans, des sulfures et des acides organiques--contribue fortement a taxer la demande biologique en oxygene de la riviere. Mais le biologiste met en cause egalement la Ville de Sherbrooke, non par les torts qu'elle causerait, mais par sa taille et ses moyens qui lui permettraient de mettre en place un systeme moderne et adequat de traitement des effluents.

L'etude du docteur Allard est un element declencheur d'une prise en charge de la riviere par des acteurs locaux autres que les clubs de chasse et peche et accompagne une redefinition du probleme de la pollution de la Saint-Francois, la peche sportive devenant un enjeu secondaire par rapport a l'approvisionnement en eau potable. Les associations sportives ont beau avoir ete a l'origine des etudes sur l'etat de sante des cours d'eau un peu partout a travers le Quebec, la qualite de l'eau devient dorenavant un enjeu sanitaire. Entre 1941 et 1955, le ministere du Tourisme, de la Chasse et de la Peche mene des enquetes sur la pollution des cours d'eau, mais a partir de 1957, c'est la division du genie sanitaire du ministere de la Sante qui est saisie du dossier (65). Au moment ou des ingenieurs sanitaires entreprennent une Etude de la pollution des eaux de la Saint-Francois, les conseils municipaux et les chambres de commerce locales veillent a promouvoir l'assainissement des eaux, non plus pour accroitre les industries de la peche sportive et du tourisme, mais bien pour garantir la sante des populations qui s'y abreuvent (66).

A la faveur des preoccupations sanitaires qui refondent les termes du debat de la pollution de l'eau, la decontamination de la Saint-Francois entraine une revision du rapport de la ville de Sherbrooke a sa region. A Sherbrooke, la presse, les conseillers municipaux et la Chambre de commerce--n'osant incriminer directement des entreprises industrielles dans la crainte de mettre en peril l'activite economique locale--signalent le caractere encore plus menacant--parce que plus <<insidieux>>--de la pollution bacteriologique provenant des egouts domestiques. D'ailleurs, ils jugent necessaire de faire savoir a la population que la pollution industrielle <<peut donner mauvais gout et mauvaise odeur a l'eau, mais ne contribue pas a accroitre sensiblement la proportion des bacteries>>. Qui plus est, ils invitent toutes les agglomerations sises sur le bord de la riviere et qui y deversent leurs eaux usees a <<proceder a l'epuration de leurs eaux d'egout [...] si l'on veut une amelioration de la situation (67)>>.

Si ces preoccupations contribuent a detourner l'attention des communautes riveraines de la pollution d'origine industrielle, celles-ci considerent neanmoins que c'est principalement Sherbrooke qui est responsable de la pollution de la Saint-Francois. Les pressions de conseils municipaux et d'associations sportives se font plus fortes sur cette seule ville dont trente-quatre emissaires se deversent dans la Saint-Francois, en sus des onze emissaires qui se deversent dans la Magog, en aval du dernier barrage avant l'embouchure. Ces pressions croissent au fur et a mesure que des villes, souvent appuyees par leur chambre de commerce comme a Bromptonville et a Richmond, obligent la Chambre regionale des Cantons de l'Est a rencontrer le Conseil de la Cite de Sherbrooke pour discuter de l'assainissement de la Saint-Francois (68). Elles sont particulierement virulentes de la part des quatre villes qui utilisent la Saint-Francois comme source d'alimentation. Parmi elles, Drummondville, qui interdit l'ouverture de ses plages municipales, s'oppose egalement au deversement, dans la riviere, de la neige recueillie dans les rues de Sherbrooke et melangee au calcium. Notamment, la Chambre de Commerce de Drummondville preside la formation du Comite pour l'assainissement de la riviere Saint-Francois, auquel se joignent quatorze municipalites riveraines, dans le but <<de rendre a la population ses rivieres, aussi bien pour l'usage au point de vue economie regionale que pour les loisirs (69)>>.

Tandis que la depollution de la Saint-Francois mobilise un ensemble de municipalites riveraines qui doivent reviser leurs usages de la riviere, la Ville de Sherbrooke reste sourde aux appels du Comite pour l'assainissement de la riviere Saint-Francois, meme si la Chambre de Commerce de Sherbrooke s'y joint en 1970 (70). Que ce soit pour alimenter ses citoyens en eau potable ou pour leur fournir des lieux de loisirs, la ville de Sherbrooke--aussi bien son conseil municipal et que des associations citoyennes--s'est definitivement tournee vers la riviere Magog et n'envisage guere de modifier ses usages de la riviere Saint-Francois. Quand parait en 1973 le Livre blanc de la mission de planification regionale, il est clair que la pollution des cours d'eau compromet l'avenir de l'industrie touristique dans les Cantons de l'Est (71). Meme si les tenants d'une decontamination de la Saint-Francois pressent la Cite de Sherbrooke de s'attaquer au controle de la pollution issue des egouts domestiques, le conseil municipal reconnait que <<l'assainissement de la St Francois apporterait une certaine amelioration a la vie des citoyens de Sherbrooke mais ces derniers profiteraient davantage de l'assainissement de la riviere Magog, meme si l'on ne considere que le point de vue des loisirs (72)>>. Deja, en juillet 1962, le conseil municipal de Sherbrooke s'est prononce sur les couts eleves lies a l'assainissement des eaux residuelles, puis, l'annee suivante, le Service d'aqueduc a deplace en amont la source d'adduction d'eau, dans le lac Memphremagog (73). De meme, des citoyens et des etudiants de l'Universite de Sherbrooke se mobilisent pour s'attaquer a la question de la contamination des rivieres, mais en mettant d'abord l'accent sur les problemes de la Magog. Pendant que le Mouvement pour la protection de l'environnement concentre principalement son action sur <<l'amenagement d'une riviere populaire le long de la riviere Magog>>, un organisme para-municipal, le Comite d'hygiene et d'amenagement de la riviere Magog (CHARM), fournit conseils et analyses pour l'amenagement des rives en un lieu de recreation et la construction d'un egout intercepteur en 1978 (74). Ce n'est que dix ans plus tard que, grace au financement des paliers superieurs de gouvernement, la Ville de Sherbrooke entreprendra la construction d'une usine de traitement des eaux usees pour l'assainissement de la Saint-Francois (75). Parallelement, CHARM aura change sa denomination pour devenir le Comite d'hygiene et d'amenagement des rivieres Magog et Saint-Francois (CHARMES) en 1983 (76).

Conclusion

Dans la foulee des choix techniques effectues au cours des decennies passees quant a l'adduction d'eau et le rejet des eaux usees, la ville de Sherbrooke s'est tardivement interessee a la decontamination de la Saint-Francois et a l'introduction de cette riviere dans un systeme recreotouristique. De ses origines, Sherbrooke a toujours maintenu un interet vital envers la Magog, veritable coeur de ses reseaux energetiques, municipaux et recreatifs. A une epoque, les eaux de la Saint-Francois garantirent le potentiel de developpement industriel de la ville et celle-ci s'y deploya pour aller chercher en amont et en aval l'energie necessaire pour attirer des entreprises. La population urbaine enjamba la riviere pour en occuper l'autre rive, au risque de subir les caprices printaniers de la Saint-Francois. Quand la prosperite economique decoulant de l'exploitation hydro-electrique a ralenti, l'interet des municipalites riveraines pour la revitalisation de la Saint-Francois et son embellissement a des fins recreatives et touristiques n'a guere suscite l'enthousiasme des responsables politiques de la ville de Sherbrooke. La Magog a attire de nouveau l'attention de ceux qui, a Sherbrooke, ont souhaite transformer un environnement riverain en un lieu de loisirs et assurer une eau potable de qualite. Reflet de ces transformations, Sherbrooke, <<ville electrique>> au debut du XXe siecle, s'est affublee du titre de <<Cite des rivieres>> quelque cent ans plus tard.

Nous avons propose ici deux lectures complementaires du rapport riverain de la ville ou environnement et societe s'imbriquent profondement et se transforment mutuellement. D'abord, les rivieres Magog et Saint-Francois apparaissent comme des systemes naturels et techniques. Parties prenantes des infrastructures urbaines, les rivieres remplissent des fonctions energetiques, sanitaires, industrielles, ou recreotouristiques. Elles participent ainsi a produire la ville a condition, bien sur, d'etre amenagees pour integrer des reseaux techniques qui, a la maniere des infrastructures, ordonnent le developpement urbain. La succession de ces reseaux dans le temps accompagne une revision du role de la riviere qui permet, ou interdit, la ville. A l'ere hydraulique, l'axe de developpement de Sherbrooke est la Magog, avec des barrages et des moulins autour desquels se blottissent les residences et les manufactures, ainsi que des deplacements qui se limitent sur et autour de la riviere. A l'age hydroelectrique, l'expansion que connait la ville prend forme autour de la Saint-Francois et a travers le bassin de cette riviere. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des decennies d'industrialisation ont modifie l'ecologie des rivieres au point de contrecarrer des projets recreotouristiques devant relancer l'economie de Sherbrooke ou de mettre en danger la sante des citoyens de la ville et de la region. Loin de se restreindre aux frontieres municipales, l'espace sherbrookois integre une serie de municipalites le long de la Saint-Francois, toutes affectees par les infrastructures de la <<Cite de rivieres>>.

Ici, et c'est notre seconde lecture, l'amenagement des rivieres et leur utilisation pour soutenir l'activite urbaine menent la ville a produire la riviere. Nous apprehendons alors la riviere comme une <<machine organique>> dont les caracteristiques environnementales portent l'empreinte de son inscription dans des systemes techniques. En effet, la composition et le milieu de la Magog et de la Saint-Francois se modifient par les usages que les industriels, les citadins ou les services municipaux font de ces rivieres. Technique et nature s'imbriquent lorsque les usages se materialisent dans la riviere, dans son ecologie comme dans son hydrologie, que ce soit a partir des debris du flottage du bois, des contaminants chimiques et bacteriologiques des rejets industriels et sanitaires, de l'empoissonnement, ou encore des barrages hydrauliques et hydro-electriques ainsi que des ouvrages de protection. Par ses nouvelles materialites, la riviere participe au denouement des conflits entre les usagers qui, loin de se limiter a des rapports de force et de domination, deviennent captifs de l'environnement riverain tel qu'il s'est forge au cours des usages passes. Produit et structure du rapport riverain de la ville, la machine organique possede de nombreux ressorts et vise l'accomplissement de diverses fonctions. Elle apparait alors comme ces reseaux techniques de la ville, dont l'extension et la multiplication contraignent l'amenagement du territoire et le developpement urbain.

Notes

1. Cet article est tire de communications presentees lors de la quatrieme table ronde internationale d'histoire de l'environnement urbain (Paris, 16-18 novembre 2006) et lors de la Journee du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (5 decembre, 2006). Nous remercions pour leurs commentaires et suggestions Andre Guillerme et Camille Limoges. Nos remerciements vont egalement a nos assistants de recherche, Olivier Craig-Dupont et Marie-Pier Dion. Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada a finance la recherche pour ce projet.

2. Richard White, The Organic Machine (New York, Hill and Wang, 1995).

3. Mark Cioc, The Rhine: An Eco-Biography (Seattle, Washington, 2002); Ari Kelman, A River and Its City: The Nature of Landscape in New Orleans (Berkeley, California, 2003); Harold L. Platt, <<"The Hardest Worked River": Manchester and Environmental Catastrophe>>, dans Shock Cities: The Environmental Transformation and Reform of Manchester and Chicago (Chicago, University of Chicago Press, 2005), 196-231; Christopher G. Boone, <<Language politics and Flood Control in Nineteenth-Century Montreal>>, Environmental History, 1, n[degrees] 3 (juill. 1996), 70-85; H. V. Nelles, <<How Did Calgary Get Its River Parks?>> Urban History Review/Revue d'histoire urbaine 34, n[degrees] 1 (automne 2005), 28-45.

4. Par exemple, voir Linda Nash, <<The Changing Experience of Nature: Historical Encounters with a Northwest River>>, Journal of American History 86, n[degrees] 4 (mars 2000), 1600-1629.

5. Sabine Barles, <<Le metabolisme urbain et la question ecologique>>, Annales de la recherche urbaine, 92 (sept. 2002), 143-150.

6. S'inspirant egalement de la machine organique de Richard White, Arn Keeling propose une lecture similaire pour le seul systeme sanitaire de la ville de Vancouver. <<Urban Waste Sinks as a Natural Resource: The Case of the Fraser River>>, Urban History Review/Revue d'histoire urbaine 34, n[degrees] 1 (automne 2005), 58-70.

7. Joel Tarr, The Search for the Ultimate Sink. Urban Pollution in Historical Perspective (Akron, University of Akron Press, 1996); Martin Melosi, The Sanitary City. Urban Infrastructure in America from Colonial Times to the Present (Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2000) et <<The Place of the City in Environmental History>>, Environmental History Review 17, n[degrees] 1 (printemps 1993), 1-23; Thomas P. Hughes, Networks of Power. Electrification in Western Society, 1880-1930(Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1983); Dany Fougeres, <<Des rues et des hommes: les commencements des politiques publiques locales en matiere de travaux publics. Montreal, 1796-1840>>, Scientia Canadensis 26 (2001), 31-65.

8. Samuel P. Hays, Beauty, Health and Permanence: Environmental Politics in the United States, 1955-1985 (Cambridge, Cambridge University Press, 1987).

9. Jean-Marie Dubois et R. Y. Lamarche, Les caracteristiques naturelles des Cantons de l'Est (Sherbrooke, Universite de Sherbrooke, 1973), 130.

10. Jean-Pierre Kesteman, <<Une bourgeoisie et son espace: industrialisation et developpement du capitalisme dans le District de Saint-Francois (Quebec), 1823-1879>> (Universite du Quebec a Montreal, these de doctorat inedite, 1985), 432-439.

11. Jean-Pierre Kesteman, Histoire de Sherbrooke (Sherbrooke, GGC, 2000), vol. 1, 260.

12. Bibliotheque et archives nationales du Canada, Papiers BALC, p. 954, 8 dec. 1834, cite dans Kesteman, Histoire de Sherbrooke, vol. 1, 336.

13. Pionnier de Sherbrooke, 29 nov. 1872.

14. Pionnier de Sherbrooke, 28 juin 1883; 23 fev., 28 juin 1888; Progres de l'Est, 27 mars, 17 juill., 8 sept. 1891, 14 mars 1893.

15. Canada, ministere de la Marine et des Pecheries, <<Rapport annuel>>, Document de la session n[degrees] 5 (1871), 74; Yolande Allard, <<Preservation ou developpement: le cas du saumon atlantique et de la riviere Saint-Francois avant 1900>> (Universite Bishop's, memoire de maitrise inedit, 1988); Jean-Pierre Kesteman, Tout le long de la riviere Magog. Se promener du lac Memphremagog a la Cite des rivieres (Sherbrooke, GGC, 2004), 27-28.

16. Progres de l'Est. 19 aout 1902.

17. Sherbrooke Daily Record. 18 juin 1902; 4 aout 1903; 28 janvier, 8 mars, 15 mars, 6 avril, 19 avril, 3 mai; 2 aout 1904

18. Archives historiques de la ville de Sherbrooke (AHVS), Sherbrooke Gas and Water, Proces verbaux du conseil d'administration et des assemblees generales d'actionnaires (1880-1903).

19. Pionnier de Sherbrooke, 2 avril, 9 juill., 17 sept. 1880; 13 janv., 21 fev., 4 sept. 1888.

20. Jean-Pierre Kesteman, Histoire de Sherbrooke (Sherbrooke, GGC, 2000), vol. 2, 180.

21. Jean-Pierre Gelinas, Caracteristiques physiques. Bassin versant de la Saint-Francois (Quebec, Direction de l'eau, ministere des Ressources naturelles, 1977); G. Bergeron et al., Hydrometeorologie. Basssin versant de la Saint-Francois (Quebec, Service meteorologique, ministere des Ressources naturelles, 1977).

22. Chantal Desloges, <<Les proprietes foncieres residentielles dans une ville en forte croissance: Sherbrooke 1896-1931>> (Universite de Sherbrooke, memoire de maitrise inedit, 1989).

23. Voir par exemple, Sherbrooke Daily Record, 19, 20 avril 1900; 12 oct. 1900; 3 mars, 18 avril, 29 juin 1901; 23 mars 1903; 15 avril 1911; 1er juin 1912; 25 mars 1913.

24. Jean-Pierre Thouez, <<L'utilisation des cartes historiques dans l'analyse de l'evolution des sols en milieu urbain: le cas de Sherbrooke, 1863-1951>>, Urban History Review/Revue d'Histoire Urbaine 3-78 (fevrier 1978), 50-59.

25. Jean-Pierre Kesteman, Histoire de Sherbrooke (Sherbrooke, GGC, 2000), vol. 3, 236

26. En 1930, trois centrales sur la riviere Saint-Maurice, sur la rive nord du Saint-Laurent, produisent 200 000 C. V., alors que les cinq centrales sur les meilleurs de la Saint-Francois generent 70 000 C. V. Jean-Pierre Kesteman, Peter Southam et Diane Saint-Pierre, Histoire des Cantons de l'Est (Sainte-Foy, Presses de l'Universite Laval, 1998), 382-385.

27. Archives Hydro-Quebec (AHQ), Fonds de la Southern Canada Power Company (FSCPC), F 15, vol. 3477, dossier 30, Memo from an Opinion of A. S. Hurd, s. d.; Kesteman et al., Histoire des Cantons de l'Est, 381-382.

28. AHQ, FSCPC, F 15, vol. 3477, dossier 30, A. S. Hurd a J. H. Turnbull, dec. 8, 1903; vol. 3473, dossier 27, Preliminary Draft of Report on the Proposal to Form an Association for the Protection of the Lake Memphremagog Storage, s. d.; AHVS, fonds Hydro-Sherbrooke, boite 13, <<Magog River Flow Control>>, s. d.

29. Le Progres de l'Est, 16, 23, 27, 30 oct., 6, 13, 27 nov., 22, 26 dec. 1903; 8, janv., 19 fev. 8 avril, 1904; Sherbrooke Daily Record, 4, 27, 28, 30 nov. 1903.

30. Gouvernement du Quebec, Assemblee legislative, <<Copie de tous documents, correspondance, options et requetes, echanges entre toutes personnes, le Gouvernement de cette province et les officiers de la Commission des eaux courantes relativement a l'emmagasinement des eaux de la riviere Saint-Francois et de ses lacs et rivieres tributaires. 1er mars 1915>>, Documents de la session 32 George V, AD 1915, 3-4.

31. Ibid., 8-9.

32. Sur la Commission des eaux courantes, voir Claude Bellavance, <<L'Etat. la "Houille blanche" et le grand capital. L'alienation des ressources hydrauliques du domaine public quebecois au debut du XXe siecle>>, Revue d'histoire de l'Amerique francaise 51, n[degrees] 1 (automne 1998), 1-32.

33. Commission des eaux courantes du Quebec, <<Annexe 1.-a. Demande ayant pour objet la Regularisation de la riviere St.-Francois au moyen de Barrages-Reservoirs d'emmagasinement. Seance tenue le 19 aout 1913>>, Rapport annuel (1914), 77-103. Voir aussi, O. Lefebvre, <<Les forces hydrauliques de la Province de Quebec>>, La foret et la ferme, 2 (fevrier 1927), 51-52, 63.

34. Sherbrooke Daily Record, 4, 5, 11 nov. 1927; La Tribune, 4, 5, 8 nov. 1927; Commission des eaux courantes du Quebec, <<Rapport sur les inondations de novembre 1927 dans la vallee de la riviere Saint-Francois>>, Rapport annuel (1928), 20-47.

35. Stephane Castonguay, <<The construction of flood as natural catastrophe: extreme events in the drainage basin of the Saint-Francois River (Quebec), 1913-1943>>, Environmental History, 12 (oct. 2007), 816-840.

36. BANQS, Cour du district provincial de Saint-Francois, <<Plumitifs>> (TP 1, S8, SS2, SSS7), dossier 444, 27 janv. 1932. La Tribune, 22 mai 1931. A. Sangster au maire et au conseil municipal de la ville de Sherbrooke, reproduit dans La Tribune, 12 avril 1928.

37. Commission des eaux courantes du Quebec, Rapport annuel (1931), 101-102; La Tribune, 27 juin 1931; AHVS, boite 82, <<epheremides municipale>>, 7 juill. 1930; boite 75, commission pleniaire, <<Report No. 77>>, 18 juill. 1939. Trois ans plus tot, la Cite avait modifie similairement les bords de la Magog en y amenageant une plage et un parc.

38. Sur l'action a distance, voir John Law et Annemarie Mol, <<Situating technoscience: an inquiry into spatialities>>, Environment and Planning D: Society and Space 19, n[degrees] 5 (sept. 2001), 609-621.

39. Michel Bourque et Jean-Pierre Thouez, <<L'evolution historique et spatiale de Sherbrooke, 1794-1950>> (Universite de Sherbrooke, Departement de geographie, bulletin de recherche n[degrees]. 25, 1976).

40. La Tribune. 3 juin, 14 aout, 16 aout, 21 aout, 8 sept. 1930.

41. La Tribune, 1er juin 1944; 2, 3 juill. 1945;

42. Archives historiques de la Ville de Sherbrooke (AHVS), Commissions pleniaires, boite 75, <<Report No. 10>>, janvier 18, 1939. Un ouvrage de retenue a Ulverton inonderait regulierement Richmond, tandis que la rupture du barrage de la Brompton Pulp and Paper a Bromptonville en 1948 a entraine de lourdes poursuites au civil. La Tribune, 22, 23, 24, 25 mars 1948; Sherbrooke Daily Record, 22, 23 mars 1948; 11 mars 1950.

43. Jean-Pierre Kesteman, Histoire de Sherbrooke (Sherbrooke, GGC, 2000), vol. 4, 396-398; AHVS, boite 73, commissions speciales, <<Requetes diverses: A son honneur le Maire de Sherbrooke>>, 7 juill. 1943.

44. La Tribune, 16, 17, juin 1943; Sherbrooke Daily Record, 16, 17 juin 1943; BANQS, fonds de la Chambre de Commerce de Sherbrooke (FCCS), P-1, vol. 29, dossier 70-4-50, Report of the Committee Appointed to Study the Problem of Floods in the Eastern Townships, s. d.; dossier 65-01, <<Inondations sur la riviere Saint-Francois 18 juin 1945>>.

45. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-4-51, <<1948 was a disastrous year in the history of the St. Francis Valley>>, s. d.

46. Elle reunit ainsi les representants de la Southern Canada Power, de la Shawinigan Water and Power, du Service de l'Electricite de Sherbrooke, de la Brompton Pulp and Paper, de la Paton Manufacturing Company et de la Dominion Textile, ainsi que les maires de Richmond, Bromptonville et Drummondville. La Tribune, 14 dec. 1949; BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-4-51, <<St. Francis River Stream Flow Control>>, s. d.

47. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-5-50, <<Minutes of Technical Committee Meeting. Stream Flow Regulation--St. Francois River, 16 fev. 1950>>.

48. AHQ, Fonds de la Southern Canada Power Company (FSCPC), F 15, vol. 3468, Inondations sur la riviere St-Francois, 18 aout 1945; Riviere St-Francois, J. Emile Gill, Commission des eaux courantes, 18 juin 1945.

49. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 7-4-50, <<Etude preliminaire des inondations. Bassin de la riviere Saint-Francois, 1er juin 1944.>> Ces etudes paraissent dans Bassin de la riviere Saint-Francois. Etude des inondations [Montreal], Cartier-Leclerc, 1952-1953, 5 vol., et dans Bassin de la riviere Saint-Francois, inondation du 15 juin 1942. Addendum au rapport d'avril 1953 et addendum au rapport de juillet 1952 [Montreal], Cartier-Leclerc, 1966.

50. AHQ, FSCPC, F 15, vol. 3478, L. Cartier <<Comments on the Saint-Francis River flood Problem>>, mai 28, 1945, p. 10; BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-4-50, <<La Riviere St-Francois>>, s. d.

51. AHQ, FSCPC, F 15, vol. 3478, L. Cartier <<Comments on the Saint-Francis River flood Problem>>, 28 mai 1945, p. 8.

52. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-5-50, <<Minutes of Technical Committee Meeting. Stream Flow Regulation--St. Francois River>>, 10 mars 1950.

53. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-1-50, L. Gaston Taillon, comite de regulation du debit de la Saint-Francois a Johnny S. Bourque, ministre provincial des Terres et Forets, 31 mars 1950.

54. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-8-50, <<Rapport preliminaire du sous-comite reboisement, comite d'etude du controle des inondations de la riviere St-Francois et de ses affluents>>, 16 mars 1950; dossier 70-5-50; <<Minutes of the General Meeting of the Flow Control Committee of the Sherbrooke Chamber of Commerce>>, 20 avril 1950; La Tribune, 17 mars, 12 avril, 28 avril 1950.

55. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-5-50; <<Minutes of the General Meeting of the Flow and Flood Control General Committee of the Sherbrooke Chamber of Commerce>>, 16 mars 1950.

56. Sur l'economie de Sherbrooke et de la region des Cantons de l'Est a cette epoque, voir Jean-Pierre Kesteman, Histoire de Sherbrooke (Sherbrooke, GGC, 2000), vol. 4, 22-45; Michel Philipponneau, L'avenir economique et social des Cantons de l'Est: un probleme type de planification regionale de la province de Quebec (Quebec, ministere de l'Industrie et du Commerce, 1960).

57. Contact, 1er aout, 1er sept. 1955.

58. Gerard Beaudet et Claude Lamothe, <<Du site au territoire: l'amenagement touristique au Quebec>>, Trames, n[degrees] 11 (1996), 63; Paul-Louis Martin, La chasse au Quebec (Montreal, Boreal, 1990).

59. La Tribune, 12 avril 1950; 15 juin 1953; Contact, 15 avril 1951.

60. Percy E. Nobbs, The restoration of St. Francis, Quebec as a Salmon River ([Montreal], Atlantic Salmon Association, 1949); J. B. S. Huard, <<La peche dans les Cantons de l'Est>>, Chasse et peche 3, n[degrees] 22 (aout 1951), 5-7; B. W. Taylor, <<Les stations piscicoles du Quebec>>, Chasse et peche 3, n[degrees] 22 (aout 1951), 16; <<La peche sur la riviere St-Francois>> Chasse et peche 4, n[degrees] 47 (sept. 1953), 13.

61. BANQS, FCCS, P-1, vol. 29, dossier 70-5-50; <<Minutes of the General Meeting of the Flow and Flood Control General Committee of the Sherbrooke Chamber of Commerce>>, 14 dec. 1951.

62. Louis-Roch Seguin, <<Le probleme de l'empoissonnement et de l'ensemencement de nos lacs>>, La Tribune de Sherbrooke (Revue annuelle economique) (1953) 80, 82, 88-99.

63. Selon les premieres etudes publiees en 1949 et 1951, ce sont les papetieres qui doivent etre tenues responsables non seulement a cause de leurs rejets, mais aussi des debris de bois en decomposition que cause le flottage du bois. E. G. D. Murray, <<Report of the Committe on Fish. The influences of pollution and contamination of streams and lakes on fish life>>, The Province of Quebec Association for the Protection of Fish and Game. Annual Report (1948), 22-25; M. J. Dunbar, <<Rapport du comite de la peche>>, Association de la Province de Quebec pour la protection du poisson et du gibier. Rapport annuel (1951), 9-13.; W. J. Doheny et P. E. Trudel, <<Rapport du comite sur la pollution des eaux>>, Association de la Province de Quebec pour la protection du poisson et du gibier. Rapport annuel (1951), 22-26.

64. En 1955 le comite anti-pollution de la Federation des associations de chasse et peche du Quebec organise et finance des enquetes sur trois rivieres, dont la Saint-Francois, sous la direction du D' Adrien Piche et du Dr Claude Allard, deux biologistes de l'Universite de Montreal, en cooperation avec le Dr Gustave Prevost de l'Office de biologie du ministre de la chasse et des pecheries. Les enquetes demontrent definitivement que ces eaux etaient polluees par les dejections de matieres nuisibles de toutes sortes. Voir Claude Allard, Etude de la pollution des cours d'eaux de la province de Quebec (Montreal, Federation des Associations de chasse et peche du Quebec, 1955). Voir egalement <<Les Clubs de Chasse et Peche de l'Estrie veulent l'epuration des eaux du Saint-Francois>>, Chasse et peche, 5, n[degrees] 70 (aout 1955), 15, 17; La Tribune, 22 juill. 1955.

65. R. R. Carrier et J. P. Gourdeau, Etude de la pollution des eaux de la Saint-Francois (s.l., Division du genie sanitaire, ministere de la Sante du Quebec, 1960).

66. Ainsi, la Southern reprend les informations du rapport Allard dans Contact et se cree un nouveau creneau, en offrant aux municipalites une livraison gratuite d'electricite pendant cinq ans pour la mise en operation d'une station d'epuration. La Tribune, 1er mai 1956; Contact, 15 juin 1956; AHQ, fonds SPC, vol. 3471, dossier 163, <<SCP offers to combat pollution to all branch managers>>, 3 janv. 1955.

67. La Tribune, 18 juin 1956.

68. La Tribune, 7 mars 1956; 21 nov. 1966; 5 dec. 1966.

69. La Tribune, 3 mars 1967; 25 fev., 7 juill. 1970; J. H. Dube, Rapport sur la qualite des eaux de la riviere Saint-Francois (s.l., Regie des eaux du Quebec, sept. 1970), 12.

70. La Tribune, 20 nov. 1975.

71. Jean Marie Lavoie, Les aspects juridiques de la pollution des eaux dans la region de l'Estrie; rapport d'une etude realisee dans le cadre du projet E.S.T.R.A.E. [Sherbrooke], Equipe speciale de travail sur la region administrative de l'Estrie, 1973. La Tribune, 19 mai 1973.

72. La Tribune, 30 mai 1973.

73. La Tribune, 29 mars 1963.

74. La Tribune, 3 nov. 1972; 19 mai 1973; Comite CHARM, ville de Sherbrooke, Amenagement de la riviere Magog ([Sherbrooke]: ville de Sherbrooke, 1980).

75. Andre-P Robert, <<La gestion des matieres residuelles a la station d'epuration de la region sherbrookoise>>, Vecteur Environnement 34, n[degrees] 5 (sept. 2001), 52.

76. Isabelle Fortier, <<Tendances et evolution du mouvement pour la protection et la defense de l'environnement en Estrie 1975-1995: analyse comparative de dix organisations>> (Universite de Sherbrooke, memoire de maitrise inedit, 1998), 39.

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Gale Document Number: GALE|A172292754