Perspectives of Maraboutism in the Political Islam of West Africa/Perspectives du maraboutisme dans l'islam politique ouest-africain

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Date: June 2017
From: Studia Europaea(Vol. 62, Issue 2)
Publisher: Universitatea Babes-Bolyai
Document Type: Essay
Length: 5,810 words
Lexile Measure: 2000L

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Abstract: 

Towards the end of the 12th century, the first Islamic sufi orders (brotherhoods) emerge in the sub-Saharan Africa's Islam, which will dominate the local religious landscape throughout the entire following centuries and which will form one of the peculiarities of the African Islam. We deal with the establishment of a network of Muslim religious followers reunited around a central charismatic figure, which became some kind of a "saint", this character being something in between human and divinity, the holder of a "divine blessing", barakat, which confers special, mystical powers upon him and who, through his powers, may liaise the relationship of the believers with Allah. In Sahel, the religious system is established on the grounds of these true social and religious organisations, which somehow take over the disappeared monarchy's system and which have both religious functions, as well as, especially, functions which pertain to the profane, strictly political and administrative. The system emerges on the background of a profound crisis generated by the colonial conquers and will continue to develop in the same manner over the following centuries, up to the current days, when a reformatory current calls for the return to "salafiya" (initial Islam) and claims the ad-litteram observance of the Quran and of Sunnah, essentially to give up to the Islam of brotherhood.

Keywords: Islam, marabout, jihad, sharia, brotherhood, ummah, Sufi

Full Text: 

Les premiers marabouts

Au fil du temps, il y a eu dans l'Islam une serie de tendances generees par les differentes interpretations du Coran et de Sunna (la tradition islamique). Parmi celles-ci, l'approche scientifique implique l'interpretation litterale ou exoterique du texte sacre musulman. Elle appartient exclusivement a la branche sunnite de l'islam et se trouve notamment dans le wahhabisme, qui rejette categoriquement toute autre forme de connaissance. L'autre tendance est celle mystique, esoterique, oU les textes sacres sont interpretes de facon symbolique et allegorique.

Le soufisme est la doctrine mystique par excellence, dans son cadre apparaissant, dans l'islam ouest africain, les confreries et, avec elles, le culte des saints. Conformement a l'Abdoulaye Bara Diop (1) il ne s'agit pas uniquement d'une pratique religieuse, mais d'un mode de vie. On y pratique des rituels specifiques (danse, chansons, incantations), la meditation, le mystique soufi arrivant ainsi a un etat extatique et a une union avec la divinite.

Parmi les croyants, il n'y a que certains qui arrivent par ascese et purete morale, par la pratique religieuse rigoureuse, a avoir la vision d'Allah. Il s'agit de ceux qui sont a moitie hommes, a moitie saints, les possesseurs de la charisme divine, barakat. (2) Ce sont les marabouts, les intermediaires de la relation avec Allah, transmettant ulterieurement aux membres des confreries qu'ils creent, << la bonne voie >>, tariqa.

L'islamisation de l'espace ouest-africain s'est faite quelques siecles avant les conquetes coloniales, par l'installation aux cours des souverains de cette region de quelques savants et erudits mystiques, nommes dans le langage populaire marabouts. Par leur intermediaire et sous leur influence, ces Serigne (moitie hommes, moitie saints) ont reussi en moins d'une generation a convertir a l'islam la plupart de la noblesse ouest-africaine. On estime que les premiers musulmans ont ete les membres de la famille War Jabi Ndiaye du royaume Tekrour de Senegambie Inferieure, le souverain cherchant dans l'islam du debut la communion paisible de tous les habitants de son royaume, convaincu par la subjective capacite du marabout de sa cour d'apporter la pluie et de riches moissons. (3)

Pendant la meme periode, les activites des commercants arabes musulmans des centres urbains ouest-africains en developpement ont engendre le melange entre l'islam et le commerce, caracteristique aux premiers convertis africains. Une religion nee au sein d'une societe du commerce, l'islam a dispose des le debut d'une serie de percepts propices au deroulement de l'activite economique, simultanement avec la pratique de la religion. Pourtant, la vraie installation du systeme religieux musulman n'aura lieu qu'au moment de l'apparition des premieres confreries religieuses dans cet espace.

Neanmoins, l'islam seul ne peut pas offrir l'explication d'une stratification socioreligieuse dans l'Afrique de l'Ouest. Non seulement parce qu'il s'agit d'une religion apparue dans l'Afrique de l'Ouest a peine au 11 eme siecle, mais surtout parce que l'islam prone l'egalite de tous les croyants devant Allah. Rien de tout ce que nous savons sur les religions anterieures a l'islam de la region ne parait justifier la stratification en familles/confreries, qui appartiendrait, surtout, a une division sociale en fonction du degre de proximite des croyants avec la personne charismatique d'un marabout et l'appartenance a sa famille (4). Essentiellement, la particularite de l'islam subsaharien vient de la societe preislamique, oU c'etait le culte familial, le clan, qui dominait, avec une attention particuliere pour le respect des ancetres. (5)

Vers le milieu du 12 eme siecle, dans l'Afrique de l'Ouest se font l'apparition les ordres islamiques soufis (les confreries islamiques), qui domineront le paysage religieux local tout au long des siecles suivants et qui donneront une des particularites de l'islam africain. 11 s'agit de la constitution d'un reseau de fideles croyants musulmans reunis autour d'une figure centrale, charismatique, devenue une sorte de << saint >>, personnage charismatique dont le tombeau devient la plupart du temps un lieu de pelerinage pour ses adeptes. Cet individu, qui se trouve a la frontiere entre l'humain et le divin, est le possesseur d'une << benediction divine >>, barakat, qui lui offre des pouvoirs speciaux, mystiques et qui, par ses pouvoirs, peut etre le mediateur dans la relation du croyant avec Allah.

Qadiriya, la plus ancienne des confreries, a ete fondee au 12eme siecle par le marabout Cheick Abd al Qadir al-Jilani et elle a eu un role important dans l'islamisation de la population de l'Afrique subsaharienne, en particulier grace au developpement du centre commercial et religieux Tombouctou.

La confrerie Tidianiya, l'une des plus repandues, a ete fondee au 18 eme siecle, a Fes, au Maroc, par Serigne Ahmed Tidiani, originaire du sud de l'Algerie. La confrerie la plus dynamique, Mouridiya, a ete fondee par le marabout Ahmed Ben Habib Allah, connu sous le nom de Cheick Amadou Bamba ou Serigne Touba. La mystique du soufisme des mourides repose sur le renoncement total aux choses terriennes en faveur de l'entier devouement a la Divinite, par discipline et travail. Enfin, la confrerie la plus recente est celle des Layenes, fondee le siecle dernier, dans la region Dakar (Yoff) de Senegal et comprend la communaute musulmane majoritairement de Lebous.

Marabout et la diffusion de l'islam

Selon Fernandes (6), l'islamisation dans l'Afrique de l'Ouest s'est faite par l'intermediaire des marabouts arabes et maures, mais surtout dans les classes dominantes et moins dans le milieu populaire. Le role des marabouts a ete primordial, dans une societe qui manque de clerge autochtone et oU la propagande religieuse n'a ete faite que par les etrangers. En ce qui concerne le developpement de l'islam, celui-ci s'est fait par les efforts et le charisme du marabout qui a fait preuve d'une extraordinaire souplesse, s'adaptant au contexte socio-culturel d'une epoque dominee par les croyances traditionnelles, avec un culte supreme des ancetres protecteurs et des pratiques magiques necessaires a la lutte contre le mal de toutes sortes. (7). Les Marabouts ont su repondre aux attentes des dirigeants politiques, mais aussi a celles du peuple, adaptant l'islam a des pratiques locales. Ils ont beaucoup force les limites de l'islam arabe, jouant le role des magiciens traditionnels, confectionnant des amulettes (gris-gris), dont le role etait d'eloigner tous les maux et de proteger le croyant contre des ephemeres forces malefiques.

La consideration dont les marabouts ont beneficie, des l'islam ouestafricain du debut, est due notamment au fait qu'ils savaient lire et ecrire, un aspect qui les rendait sacres et inviolables et qui leur apportait une serie d'avantages economiques, qu'ils garderont jusqu'a la contemporaneite. De plus, l'existence des marabouts a ete le principal facteur de l'expansion de l'islam, suscitant la vocation religieuse au sein d'une population dominee de croyance et de mythes animistes. (8)

Jusqu'au 17 eme siecle, dans l'Afrique Subsaharienne, l'islam de cour s'oppose au paganisme de la population. Ulterieurement a cette periode, les choses changent fondamentalement. Avec l'expansion de la sharia, l'aristocratie s'eloigne de l'islam, qui devient la croyance populaire dans l'Afrique de l'Ouest, avec le renoncement aux pratiques des religions animistes. Pendant cette periode, les marabouts maures commencent le Djihad contre les souverains qu'ils accusent de s'etre eloignes de << la bonne voie >> du Prophete et, par consequent, ne sont plus de bons musulmans.

Le principal instigateur a ete un marabout mauritanien, Naasir AlDin, qui a dirige le premier mouvement de purification de l'islam ouestafricain, comme une critique du comportement religieux et politique de l'aristocratie au pouvoir. Al Din a demande a << tous les rois de changer de vie, de remplir leur obligation de salat (priere), d'avoir trois ou quatre femmes et d'eloigner de leur entourage ceux qui les eloigneraient de la juste foi >>. (9) Naasir Al-Din a compris que la meilleure variante de faire repandre l'islam parmi la population etait de lier la reforme religieuse a celle politique, en motivant la tyrannie du souverain par l'infidelite du respect des percepts islamiques. (10)

Des l'epoque des conquetes wolof (16 eme-17 eme siecles), le souverain ouest-africain avait toutes les prerogatives d'un monarque de l'Europe medievale, a deux exceptions : la fonction legislative et celle religieuse. Si en ce qui concerne la fonction religieuse, petit a petit, apres l'installation de la religion musulmane, les choses changeront un peu, en ce qui concerne le droit d'emettre des lois, celui-ci ne reviendra plus jamais au monarque. << La fonction legislative, que les juristes considerent comme la plus importante--celle qui consiste a adopter des lois, comme regles generales et impartiales, qui traduisent dans des normes concretes les principes essentiels qui reglent la vie quotidienne et qui assurent la protection des individus, a ete celle qui excedait le souverain. Beaucoup plus anciens que sa propre personne, ces principes fondamentaux sont issus de la tradition coutumiere, expression permanente et immuable de la volonte divine sur Terre. >> (11)

Ulterieurement, avec la defaite du mouvement maraboutique de Nassir AL-Din, la victoire de l'aristocratie paienne se transpose par le massacre de tous les adeptes du mouvement par les armees du colonisateur francais. Nous assistons a ce moment-la a un recul de l'islam, mais le mouvement se traduit par l'hostilite et la mefiance qui domineront les relations marabout-politique pendant les siecles suivants, l'exercice du pouvoir politique considere incompatible avec la loi islamique et sa pratique orthodoxe. En outre, le progres de la penetration de l'islam parmi la population autochtone se traduit comme un moyen de defense contre l'oppression venue de l'exterieur, aggravee par le developpement progressif des pratiques commerciales esclavagistes, apanage des colonisateurs. Pour le croyant musulman, ce n'est que la population paienne qui peut etre transformee en esclaves, et cela ne peut se faire que jusqu'a leur conversion a l'islam.

L'islam populaire

Au 15 eme siecle, lorsque les premiers missionnaires portugais arrivent a Sahel, la religion musulmane etait deja largement repandue, notamment parmi l'aristocratie (12). Du haut en bas, a l'echelle sociale, la societe commencait le processus d'islamisation. L'aristocratie, << le roi et tous les nobles et les seniors d'ici etaient mahometans et ils avaient parmi eux des marabouts arabes, qui savaient ecrire et lire. >> (13)

Dans l'histoire de Senegambie, par exemple, il y a eu deux types de marabouts, en fonction des relations qu'ils avaient avec l'aristocratie et le monde politique: serigne fakk-tall et serigne laamb, (14) Ceux de la premiere categorie ont toujours eu une fonction essentiellement

spirituelle, sans rapports avec le pouvoir. Etymologiquement, en woolof, << serigne fakk-tall >>, designait la personne dont le role etait de transmettre les connaissances religieuses aux disciples (talibe), avec la grammaire et, eventuellement, des notions de droit theologique. L'importance de ces marabouts se lisait dans le nombre de disciples qu'ils avaient, des jeunes que les parents envoyaient pour qu'ils acquierent des connaissances de ces << sages >>, qu'ils suivaient dans toutes les activites quotidiennes.

En dehors de ces questions strictement religieuses, les marabouts fakketall geraient aussi une serie d'attributs qui relevent, a l'epoque moderne, du droit civil : successions, heritages, mariages, divorces, etc., se manifestants comme des leaders de la communaute musulmane qu'ils dirigeaient.

Neanmoins, lorsque les leaders du pouvoir le demandaient, serigne fakk-tall deployaient des rituels religieux a leur honneur, en leur assurant, aux yeux des croyants, une sorte de protection divine, necessaire pour rester au pouvoir et pour s'assurer la victoire devant des adversaires de tout type.

Du point de vue de leur appartenance ethnique et de leur origine sociale, la plupart des serigne fakk-tall provenaient soit de l'Afrique de Nord, soit meme de plus loin, des pays du Moyen Orient, ce qui bloquait leur acces a de hautes fonctions, au-dela du village / de la commune ou ils se trouvaient. (15).

En ce qui concerne la deuxieme categorie de marabouts, << serigne-lamb >> ils ont ete a l'origine des leaders de la communaute, mais la collaboration avec les autorites centrales, musulmanes ou non, les a transformes en leurs representants au niveau local, et la fonction politique a prevalu par rapport a celle religieuse. Leur role d'<< envoyes >> du souverain se deduit des l'etymologie du terme << lamb >>, qui signifie << tam-tam >> (wolof), a savoir l'instrument musical (le tambour /le tambourin) qui precedait les annonces publiques.

A la difference de serigne fakk-tall, qui etaient mis dans la fonction religieuse par la communaute locale, serigne-lamb etaient venus du centre du pouvoir politique, nommes par le souverain, uniquement apres avoir demontre leur entiere loyaute face a celui-ci.

Ils remplissaient les memes fonctions publiques que les autres representants royaux, administratives, judiciaires, fiscales et militaires, et, au fil du temps, la conduite individuelle s'est transformee de celle de leaders religieux, en celle de fonctionnaires gouvernementaux, dont le comportement religieux etait purement formel, cache derriere le titre << serigne >>.

Le systeme religieux maraboutique

Parmi les facteurs ayant favorise l'expansion de l'islam, le principal a ete la destructuration des monarchies locales, islamisees anterieurement uniquement de facon formelle et qui empechaient une expansion de la religion dans les couches les plus profondes de la societe. La nouvelle vie politique, apparue apres la consolidation de l'administration coloniale, a permis l'installation d'un systeme religieux dont les dirigeants avaient deja gagne leur prestige dans la lutte avec le souverain et qui sont devenus guides non pas seulement dans le milieu de la sacralite mais notamment dans des questions profanes. Les marabouts prennent possession de la societe ouest-africaine, qui traverse une crise majeure provoquee, d'une part, par la destructuration du systeme monarchique, mais aussi par l'apparition d'une administration coloniale, completement etrangere et inadaptee aux realites locales.

L'islam s'est impose dans l'Afrique de l'Ouest meme avant l'epoque coloniale, les elements d'un systeme religieux musulman etant definis pendant la periode des regimes monarchiques locaux, lorsque les marabouts ont ete integres au systeme monarchique. Cependant, l'echec du Djihad ouest-africain du debut a rendu impossible la creation d'une theocratie locale. Des le debut de l'epoque coloniale, le systeme religieux local s'est constitue sur les ruines des monarchies vaincues par l'armee francaise. (16)

A Sahel, un espace qui avait connu l'islam maraboutique avant les conquetes coloniales, le systeme religieux se constitue sur les bases des confreries, de vraies organisations socioreligieuses, qui reprennent en quelque sorte le systeme de la monarchie recemment disparue et qui ont des fonctions religieuses, mais surtout des fonctions qui tiennent du domaine du profane, strictement politiques et administratives. Il faut mentionner que ce nouveau systeme prend naissance sur le fonds de la crise profonde generee par les conquetes coloniales et se developpera de la meme facon les siecles suivant, jusqu'a present.

L'islam ouest-africain est essentiellement confrerique. Ce fait a deux causes principales. Une de nature externe, a savoir l'influence precoloniale des marabouts venus du monde arabe, et l'autre, de nature interne, determinee par la crise politique et sociale profonde survenue apres les conquetes coloniales, qui a generee l'apparition de personnages charismatiques a la tete de certaines communautes religieuses, qui ont reorganise la societe apres la disparition des monarchies locales.

La caracteristique de la societe islamique locale est donnee par les aspects particuliers que la relation binaire marabout / talibe acquiert. D'une part, nous avons les marabouts << savants >>, les connaisseurs des textes sacres et de leurs interpretations. Ce sont les << lettres >> du Coran, de la theologie, du rituel et de l'exegese islamique. Ils appartiennent la plupart du temps au clerge, ce sont les imams des mosquees, les dirigeants des communautes locales, juges ou professeurs.

Parmi ceux-ci, << serigne nadw >> (wolof) sont << les petits marabouts >>, dont les connaissances sont limitees et se resument surtout a reciter le Coran. << Serigne mag >> ou << les grands marabouts >> sont ceux qui ont fait des etudes de droit, de theologie.

Lorsqu'un marabout devient un savant connu, generalement dans le monde theologique et / ou litteraire / scientifique, celui-ci peut fonder une branche de la confrerie, recevant le titre de << scheik >>. A partir de ce moment-la, il passe dans une autre categorie, celle des semi-saints, les possesseurs de barakat. (17)

Le Djihad des marabouts

Dans L'Afrique de l'Ouest, generalement, et au Senegal, en particulier, l'islam a toujours joue un role important dans la vie politique, a chaque fois que la societe s'est trouvee dans une situation de crise. L'exemple le plus significatif se trouve au 17 eme siecle, dans ce qu'Abdoul Aziz Kebe appelle << la guerre des marabouts >>. Il s'agit de l'opposition des leaders musulmans au commerce avec des esclaves, dans un moment de la dissolution totale du contrat social entre l'aristocratie traditionnelle africaine et la population. Nassir Al-Din, le leader des mouvements maraboutiques et l'initiateur du premier Djihad ouest-africain appelle a la lutte armee la population contre une classe politique qui ne respectait plus la norme religieuse islamique.

Quelques siecles plus tard, l'islam senegalais est inchange. Les marabouts des confreries sont consideres a la fois des modeles de piete et des guides spirituels qui inspirent de la confiance et de l'admiration. Il suffit d'entendre leur nom, et leurs disciples, les talibes, sentent deja la presence divine. Cette confiance et ce respect immesurables que la communaute leur accorde ont fait d'eux des allies strategiques des autorites politiques, initialement coloniales, puis purement senegalaises. Leur influence est essentielle et leur role est de maintenir le systeme politique et administratif de Senegal fonctionnels, par une continue mediation politique et sociale. Cet equilibre persiste depuis l'epoque coloniale par l'intermediaire d'une convention tacite entre les marabouts et le pouvoir politique, d'une part ceux-ci << benissant >> les figures politiques, et d'autre part, recevant du politique un espace a l'interieur meme du systeme etatique oU ils peuvent repandre l'influence parmi les masses de croyants. (18)

Apres une premiere periode d'islamisation, disons superficielle, de l'aristocratie, grace aux relations commerciales avec les marchants arabes qui ont traverse le desert et qui ont considere que du point de vue economique il etait plus convenable d'islamiser du haut en bas, il suit une deuxieme phase de l'islamisation, qui commence dans la deuxieme moitie du 17ome siecle, par les mouvements maraboutiques et le Djihad que ceux-ci promeuvent. Nous aurons, a partir de ce moment, un islam populaire, profondement installe dans les masses populaires par le marabout, qui le defendront contre la violence et l'esclavagisme, pronant << la guerre sainte >>. Neanmoins, l'intervention europeenne ainsi que l'aristocratie traditionnelle essayeront d'empecher l'acces des marabouts au pouvoir politique, tout d'abord a cause de leur hostilite par rapport au commerce des esclaves. Leur manque de cohesion et surtout les alliances de quelques-uns avec le colonisateur francais vont rendre impossible l'adoption de la sharia pendant les siecles suivants. (19)

La victoire du colonisateur francais doit etre regardee avec une certaine reserve, car la defaite des marabouts ne doit pas etre considere sans prendre en compte le succes initial de leur Djihad, la population les regardant comme des liberateurs dans la lutte avec les << oppresseurs >> etrangers. La plupart des musulmans vont s'engager avec enthousiasme dans la guerre sainte qui continuera, cette fois-ci contre le pouvoir etranger et moins contre l'aristocratie locale. Nous pouvons affirmer quand meme que l'islam a ete essentiellement vainqueur dans ce conflit, apparaissant comme un espoir pour la plupart de la population dans la lutte avec l'oppresseur etranger. (20)

L'islam politique maraboutique

Une categorie a part de marabouts, ce sont les leaders des confreries. Les Saints. Autour d'eux, on a cree l'entier systeme religieux ouest-africain, en meme temps que le debut de l'ere coloniale. Leur saintete est hereditaire, dans la contemporaneite la plupart des dirigeants des ordres religieux etant des descendants par ligne paternelle des fondateurs des confreries. Ils ont generalement recu une education rigoureusement religieuse mais, independamment de celle-ci et de leur comportement dans le monde profane (qui parfois n'est pas tout a fait exemplaire), ils beneficient tout au long de leur vie de la qualite de saint. (21)

Immediatement apres cette categorie, ce sont les << scheiks >> locaux qui suivent, les individus qui se trouvent dans un stade socioreligieux intermediaire, choisis par les leaders religieux pour leur haut niveau de connaissances, les qualites morales et le niveau de soumission face a la confrerie. Ils ont recu une sorte d'initiation de rang special ou bien ils l'ont acquise au fur et a mesure, etant les guides spirituels accessibles aux croyants communs, avec lesquels ils ont des relations d'ordre personnel. Generalement, ce sont les descendants des grands marabouts qui ont ete dans l'entourage du fondateur de la confrerie, la liaison de la lignee familiale depassant le simple niveau de soumission.

Pendant les monarchies locales, anterieurement a l'ere coloniale, juste avant l'expansion totale de l'islam dans l'Afrique de l'Ouest, les marabouts se sont integres dans la societe comme les protecteurs magiques-religieux des guerriers et des leaders politiques qui se trouvaient a cette epoque-la presque tout le temps sur le champ de bataille. Pourtant, au fil du temps, avec l'expansion de l'islam, les marabouts sont devenus les protecteurs de la populations face aux abus des souverains et les principaux adversaires du commerce des esclaves (22).

Au moment du debut de l'ere de la conquete coloniale, en pleine periode de crise, l'attitude des marabouts et leur opposition a la violence de la colonisation leur ont permis d'apparaitre devant la population comme des guides religieux et des dirigeants des communautes locales, donc de facon implicite des ennemis de la monarchie. Apres l'installation complete de la colonisation, les marabouts vont apparaitre comme les principaux vecteurs de l'integration de la population dans le systeme colonial, au niveau politique ainsi qu'au niveau socio-economique, favorisant la soumission a l'administration coloniale.

Dans l'islam il n'y a pas de separation nette entre le monde profane et l'espace sacre, entre temporaire et spirituel, toute la vie de la communaute des croyants (umma) est fondee et dirigee en fonction des percepts du Coran et de sunna (la tradition islamique). Y compris l'acte de justice se fait en fonction des textes sacres et il est effectue par les leaders religieux (marabouts, imami, emir), qui ont une double valence, spirituelle et administrativepolitique. Mais lorsque cette double valence n'est pas toleree par les souverains, le Djihad, la guerre sainte, est declenche. (23)

Le colonialisme a mis fin non seulement a la monarchie mais aussi a la guerre sainte declaree a celle-ci. En Senegambie, par exemple, les deux confreries principales apparues a cette epoque-la ont eu des approches differentes. Les Tijianes ont collabore des le debut avec les colonisateurs, tandis que les mourides se sont opposes avec vehemence initialement, pour qu'enfin ils choisissent une voie du compromis qui a assure la paix sociale dans la region, le siecle suivant. De facon pragmatique, l'impossibilite d'une lutte armee avec le pouvoir colonisateur a oblige les marabouts a collaborer avec les representants du nouveau pouvoir politique afin de continuer le proselytisme d'une maniere paisible.

Dans ce sens, Diop parle dans La societe loolof (24) a propos de l' << ideologie collaborationniste >>, une doctrine politique qui est, apparemment, encore en vigueur au Senegal, et qui trouve ses racines dans l'oeuvre d'Al Hadji Malick, le fondateur de la confrerie Tijaniyya. Celui-ci identifie dans les textes sacres islamiques une serie de principes qui conseillent le respect de l'autorite politique tant que celle-ci ne s'oppose pas a la religion. Il s'agit d'un soi-disant << neutralisme positif >>. (25)

La collaboration avec le pouvoir colonial est l'un des themes de predilection des ecrits des principales figures du tijianisme, Al Hadji Malick, encourageant ses disciples a un respect profond de toute autorite temporelle, qui n'exclut par Allah : << Les francais nous ont impose les bienfaits de la justice, de la securite interieure, de la paix generale, le developpement du commerce et de la facon de vivre, tout dans un profond respect de notre religion. >>." (26)

Il demandera aux fideles tidjanes de respecter les dogmes et les lois du colonisateur francais, de payer les impots et de participer aux efforts de guerre a chaque fois qu'il sera necessaire.

En ce qui concerne la relation de l'autre leader religieux important de Senegambie, Amadou Bamba, celle-ci est plus complexe. Dans une premiere phase, le fondateur du mouridisme est accuse d'avoir essaye de reprendre les prerogatives du souverain elimine par les colonisateurs, ce qui l'a transforme dans le symbole incontestable du nationalisme et de la resistance a la colonisation. Cependant, au fil du temps, les francais comprendront qu'Amadou Bamba est un leader religieux qui manque de grandes ambitions politiques (27) et que sa lutte et celle de ses disciples est essentiellement une de resistance passive.

Tout comme AI Hadji Malick, Bamba adopte le principe du << neutralisme positif>>, son collaborationnisme avec les autorites colonisatrices etant considere par ses disciples l'expression d'une volonte divine, ayant comme but de retablir la paix, l'ordre et la justice, sous le spectre de l'islam.

Ainsi, les marabouts deviennent les intermediaires de la relation entre la population et l'administration coloniale, le gouverneur de la Senegambie notant en 1932 que << les marabouts font preuve de devouement a la cause du colonialisme, car ils ont pris en charge la defense des points de vue divergents avec la population locale. >> (28)

Apres la fin de la Deuxieme Guerre Mondiale et avec l'elargissement de l'electorat par l'enlevement de l'interdiction de voter sur la base de l'avoir personnel, les leaders politiques ont compris que dans le futur systeme politique ouest-africain le role des confreries sera de plus en plus important. Mais cette action sera toujours ambivalente : les rivalites qui explosent au sein des confreries, en particulier en ce qui concerne la lutte pour la succession du khalifat, seront exacerbees sur le plan politique, par l'entree dans differents camps de divers interets de parti. Pour cela, les deux parties meneront une lutte acerbe pour des alliances politiques et religieuses, traduites la plupart du temps par des transferts financiers enormes d'une part et d'autre, en fonction des besoins de moment de chacune des parties.

L'exemple le plus eloquent se trouve dans la politique interne senegalaise, immediatement apres l'obtention de l'independance, lorsqu'en 1962 un conflit politique eclate entre le president choisi Leopold Sedar Senghor et le premier ministre Mamadou Dia, suite a une tentative de ce dernier de coup d'etat. La profonde crise dans laquelle le nouvel etat se trouve ne sera resolue qu'au moment de l'entree en scene du calife general de la confrerie mouride qui, suite a des negociations avec l'ancien pouvoir colonial, intervient personnellement et incline decisivement la balance en faveur de Senghor, un proche du general De Gaulle, le president de la France a ce moment-la.

Toujours dans la politique senegalaise il y a un autre exemple qui apparait, celui de l'accession au pouvoir d'Abdoulaye Wade, le troisieme president choisi democratiquement. Son appartenance a la confrerie mouride et l'utilisation de celle-ci et des immenses ressources dont elle dispose ont engendre une nouvelle approche de la personnalisation de la relation entre l'etat et les confreries. Avant l'epoque Wade, les relations directes entre les deux parties n'etaient que supposees, pas demontrees. A partir des annees 2000, le chef d'etat lui-meme devient le manifeste du croisement entre le politique et le religieux. Une fois installe au pouvoir, Abdoulaye Wade devient simultanement << le premier president mouride >> et << le premier president des mourides >> (29).

Les confreries apparaissent, dans ce contexte, comme une sorte de << regulateurs sociaux >> (30) mais aussi politiques, leur influence dans la politique senegalaise etant definitoire et leurs interventions fermes, doublees par l'immense soutien dont ils se rejouissent parmi les fideles, en leur laissant la possibilite d'intervenir afin d'etre mediateurs dans les disputes entre les camps adverses sur la scene politique. A partir de l'epoque du president Senghor et jusqu'a present, en passant par les periodes Diouf et Wade, tous les chefs d'etat ont ete obliges d'entrer dans le jeu des confreries, soit pour se legitimer du point de vue politique, comme dans le cas de Senghor, soit pour justifier leur programme public, comme dans le cas de Wade.

L'image du President Wade agenouille devant le calife general des mourides, apres avoir remporte les elections de 2000, lors de son premier deplacement officiel, comprend justement le paysage des relations entre les marabouts et la politique. En outre, il est necessaire de souligner que les frustrations survenues au milieu public suite a cet evenement n'ont pas ete dues, principalement, a l'absurde de la situation, mais plutot a une sorte de jalousie generee par le choix de la confrerie que le president Wade a fait. (31)

De plus, le renoncement a la neutralite officielle des califes de deux principales confreries senegalaises, les mourides et les tidjanes, a ete utilise par les principaux partis politiques, les Marabouts de deux parties entrant dans lAssemblee nationale senegalaise, a savoir juste dans l'epicentre du pouvoir politique, en s'appuyant sur la legitimite des communautes locales de provenance.

Ainsi, aux elections generales de 1998, de la part du Parti Democratique Senegalais (PDS) entrent dans le comite legislatif cinq Marabouts, parmi lesquels la figure la plus importante est celle du president de la communaute rurale de Touba, la ville sainte des mourides. Celui-ci n'est mis en evidence que deux semaines avant les elections, au detriment de certaines personnalites politiques traditionnelles du parti.

Cependant, en analysant le role des marabouts et des confreries dans la vie politique senegalaise, nous tirons la conclusion que, apres 1960, malgre certaines crises internes inherentes a une democratie africaine a ses debuts, y compris la tentative de coup d'etat de 1962, la situation politique stable de Senegal est due surtout a l'equilibre socio-politique que les confreries assurent.

O'Brien estime que cet equilibre entre les deux poles--politique et religieux est comme une sorte de << contrat social typiquement senegalais >>, qui, cependant, apres les annees '90-2000, est perturbe par l'apparition sur la scene politique des << petits-enfants >> de premiers marabouts. Ceux-ci se sont detaches des le debut de tout contrat social et, entrant sur le premier plan de la politique senegalaise, ils souhaitent changer le discours religieux. Il y a une rupture par rapport a l'orientation traditionnelle confrerique s'est toujours appuye sur la non-implication directe dans la vie politique. Les nouveaux marabouts, bien que toujours attaches a leurs origines soufies et confreriques, revendiquent un nouveau type de << contrat social >>, avec une differente legitimation du rapport entre religieux et politique, jusqu'au point de creer des formations politiques et entrent completement dans le jeu du pouvoir. (32)

Le mouvement confrerique, specifique a l'islam de l'Afrique de l'Ouest, est entre au Senegal, dans une etape de reconfiguration, les nouvelles transformations cassant le monopole de la relation confrerie--pouvoir politique et creant plusieurs centres de pouvoir, avec de multiples acteurs. Ces dernieres annees, la pluralite des heritiers de l'<< empire >> confrerique engendre des tentatives d'etablir son propre espace d'expression dans une lutte sourde pour l'accession au pouvoir. Pendant ce temps, avec une influence exterieure des pays du Moyen-Orient, exportateurs du fondamentalisme islamique, on sent le developpement d'un courant reformiste. Localisees surtout dans les centres urbains, une serie d'organisations non-gouvernementales financees par l'Arabie Saoudite exigent un retour a la << Salafiya >> (l'islam original) et demandent le respect du Coran et de la Sunna ad-litteram. Par son agressivite, le nouveau courant reformiste denonce avec vehemence l'abandon de toutes les pratiques jugees contraires a l'orthodoxie islamique, essentiellement de l'islam confrerique.

L'action reformiste consiste dans l'entiere deconstruction du systeme marabou tique et en particulier, de la relation marabouts-Talibe, qui est en fait son fondement. Les nouvelles orientations se dirigent vers le remplacement des ecoles islamiques traditionnelles (daaras) oU les talibes dependent exclusivement de la volonte des marabouts et oU ils memorisent le Coran, vers un systeme d'education dual, bilingue franco-arabe, oU les eleves etudient les textes sacres avec une approche salafiya. Tout cela se passe dans une societe senegalaise qui est en pleine crise sociale, marquee par une croissance demographique incontrolee, une urbanisation artificielle, qui laisse place a un discours neo-fondamentaliste, detruisant les relations de clientele entre les autorites politiques et les marabouts. (33)

DOI:10.24193/subbeuropaea.2017.2.08

Published Online: 2017-06-30

Published Print: 2017-06-30

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Ciprian Gabriel Oros *

* Ciprian Gabriel Oros est Premier Conseiller a l'Ambassade de Roumanie a Dakar, doctorant en science politiques a la Faculte des Etudes Europeens a l'Universite << Babes Bolyai >>. Contact: oros.ciprian@gmail.com

(1) Abdoulaye Bara Diop, La societe wolof, Paris : Karthala, 1981, p. 236

(2) Octave Depont, Les Confreries religieuses musulmanes, Alger : Jourdan, 1897, p.83

(3) Mountaga Diagne, "La gouvernance des foyers religieux au Senegal", dans le vol. Etat, Societe et Islam au Senegal, Karthala, Paris, 2015, p. 228

(4) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p. 40

(5) Olivier Roy, L'echec de l'islam politique, Paris : Edition du Seuil, 1992, p. 124

(6) Victor Fernandes, Description de la Cote Occidentale, Bissau, 1951, p. 7

(7) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p. 219

(8) Ibidem, p. 220

(9) Christophe I. Ritchie, La Compagnie du Senegal, Paris : Karthala, 1968, p. 338

(10) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p. 222

(11) Jean Bruyas, La royaute en Afrique Noire, Annales Africaines, Universite de Dakar, Paris, 1966, p. 198

(12) Olivier Roy, Op. cit., p. 137

(13) Victor Fernandes, Op. cit., p. 7

(14) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p. 236

(15) Ibidem, p. 239

(16) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p.263

(17) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p.263

(18) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p.227

(19) Ibidem, p. 276

(20) Donal B. Cruise O'Brien, The Mourides of Senegal: The Political and Economic Organization of an Islamic Brotherhood, Chicago: The University of Chicago Press, 1971, p. 70

(21) Ibidem, p. 272

(22) Donal B. Cruise O'Brien, Op. cit., p. 70

(23) Olivier Roy, Op. cit., p. 139

(24) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p.329

(25) Rene Dumont, L'Afrique noire est mal partie, New York, Praeger, 1962, p.69

(26) Abdoulaye Bara Diop, Op. cit., p.322

(27) Ibidem, p. 323

(28) Donal B. Cruise O'Brien, Op. cit., p. 70

(29) Cheick Gueye et Abdourahmane Seek (2015), << Les renegociations du rapport islam, politique et societe >> dans le vol. Etat, societes et Islam au Senegal, Abdou Salam Fall (ed.), Paris : Karthala, p. 23

(30) Seydou Kante, Geopolitique du Senegal : une exception en afrique, 3 aout 2014, http://www.igfm.sn/geopolitique-du-senegal-une-exception-en-africiue/

(31) Ibidem

(32) Mamadou Bodian et El Hadji Malick Sy Camara (2015), << Les religieux musulmans dans l'amelioration du debat public >> dans le vol. Etat, societes et Islam au Senegal, Abdou Salam Fali (ed), Paris : Karthala, p. 117

(33) Ibidem, p. 119

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