Postmodernite, non-lieux et mirages de l'anamnese dans l'oeuvre de Marie Ndiaye

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Date: Spring 2006
From: French Forum(Vol. 31, Issue 2)
Publisher: University of Pennsylvania Press
Document Type: Critical essay
Length: 5,213 words

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Marie Ndiaye fait partie de ces ecrivains dont l'on reconnait la signature stylistique des les premieres lignes d'un roman. Une meme quete, un meme questionnement identitaire animent ses ecrits. Sous sa plume, ses protagonistes subissent le meme processus d'exclusion, d'alienation et de nomadisation. Ils souffrent de la condition postmoderne decrite par Jean-Francois Lyotard et en particulier du soupcon qui caracterise selon Dominique Viart les portraits du sujet a la fin du vingtieme siecle. Plutot qu'une creation de personnages de type humaniste, les romans de Ndiaye mettent en scene l'interrogation d'un sujet quant a la plausibilite meme de son existence. Au-dela de l'interrogation individuelle est representee la perte de l'autorite logo-centrique et se trouve par consequent remise en question la validite de la narration elle-meme. Decentres, ses personnages se retrouvent projetes dans un espace postmoderne en expansion par une force centrifuge dont le controle leur echappe. Ils se font les temoins involontaires d'une contemporaneite geoeconomique sordide et impitoyable.

L'essai suivant se penchera sur plusieurs romans de Ndiaye pour eclairer ses portraits de sujets et en particulier leur errance. On retiendra quelques grands themes dont le statut de la memoire et la de-territorialisation de la narration, la nomadisation, la projection dans des non-lieux contractuels et enfin la denonciation des lieux postmodernes comme une machinerie virtuelle visant a remplacer les lieux de memoire en voie de disparition.

L'oeuvre de Ndiaye est avant tout marquee du sceau de l'exclusion dans sa relation a une memoire qui doute d'elle-meme. Dans En Famille, une jeune femme du nom de Fanny entreprend de se faire accepter par une famille qui feint ne pas se souvenir d'elle. Continuellement rejetee, reniee par tous, y compris ses propres parents, Fanny en vient a douter de sa propre identite et de la validite de son nom. S'emmelant dans les fils d'un passe en metamorphose constante, Fanny sera tuee a deux reprises par sa famille, jusqu'a l'eradication totale, jusqu'a ce qu'elle soit, conformement aux souhaits de sa tante, "disparue, dissoute," et que "meure tout souvenir de son passage" (En Famille, 309). Dans Un Temps de saison, la femme et le fils d'un professeur en villegiature disparaissent. Prolongeant son sejour pour enqueter sur leur sort, Herman, l'epoux solitaire, doit oublier son identite parisienne et tenter ainsi de se faire accepter par le village. S'il ne parvient jamais a s'integrer totalement, il apprend cependant la fantastique metamorphose de sa femme et de son fils, devenus evanescences condamnees a contempler le paysage durant leur effacement progressif. Le professeur lui-meme se liquefie peu a peu dans l'humidite de cette province pluvieuse. Dans La Sorciere, Lucie, mere de deux adolescentes, subit l'abandon conjugal du mari. Dans un effort desespere de donner un sens a sa vie, Lucie entreprend de reconcilier ses parents divorces. Tout au cours du roman, ses souvenirs d'un couple amoureux parfait sont dementis par les temoignages de sa mere et les nouvelles frasques amoureuses de son pere. Enfin, dans Rosie Carpe, une jeune femme aborde la vie depuis la fausse securite d'une maison natale...

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Gale Document Number: GALE|A177281835